Tirs mortels à Trappes : « La fillette de 12 ans est en réanimation », annonce le maire Ali Rabeh
Plateau de BFMTV du 23 octobre 2026 au soir, le jour de l'attentat qui a fait un mort et cinq blessés à Trappes et La Verrière. Ali Rabeh, maire Génération·s de Trappes, y est invité aux côtés d'Hervé Morin. Les huit premières minutes portent sur les manifestations du lendemain et ne sont pas analysées ici : l'analyse commence avec la parole du maire, qui reproche vite au plateau de s'attarder sur d'autres sujets, puis met en cause les discours tenus à la télévision sur l'islam et l'immigration.
Ali Rabeh ajoute que ses blessures sont profondes et qu'il n'est pas sûr qu'elles cicatrisent complètement. Il n'a pas de nouvelles des autres victimes. Il précise aussi que ce n'est pas la fillette dont a parlé le président de la République : une autre mère, noire et voilée, a vu sa voiture criblée de balles avec ses filles à bord, et toutes s'en sont sorties.
« J'ai eu sa mère avant de rentrer dans votre plateau, elle est sortie du bloc opératoire, elle est en réanimation. »
Le maire donne les faits sur lesquels il s'appuie : le tireur a longé la mosquée de Trappes, visé celle de La Verrière, et épargné des personnes qui se trouvaient sur son chemin en leur disant qu'elles avaient de la chance d'être blanches. Il reprend la qualification du président et du parquet national antiterroriste, « actes terroristes racistes », et y ajoute « islamophobe ».
« Il manque peut-être un mot, c'est islamophobe et il faut à un moment donné dire les choses et cesser de faire comme si ces réalités n'existaient pas et pérorer sur les mots, pinailler sur les mots pour ne pas dire la réalité telle qu'elle est. Ce monsieur voulait assassiner des personnes noires, arabes et musulmanes. »
C'est le cœur de son intervention : le passage à l'acte ne naît pas de rien, il s'appuie sur un discours répété qui désigne un ennemi. Le maire vise en particulier les plateaux de télévision, où se fabrique selon lui « le discours idéologique » qui permet à un tireur de se croire en guerre « contre un ennemi de l'intérieur ».
« aujourd'hui après des années et des années de propagande islamophobe, raciste, et bien il y a des esprits qui se sentent armés idéologiquement pour passer à l'acte et assassiner des personnes en raison de leur confession présumée. »
Le maire dit avoir porté plainte contre des élus du Rassemblement national qui avaient affirmé à la télévision que « Trappes, c'est Kaboul ». Il décrit la mécanique : présenter une ville française comme un territoire perdu, c'est désigner une cible à qui se croit chargé de la reconquérir. Il rappelle qu'il n'y a à Trappes « que des citoyens français ».
« Et vous savez quand vous avez l'impression que votre pays est envahi, qu'à côté de votre ville à Trappes, il y aurait des Républiques islamistes en miniature pour reprendre les termes exacts des élus RN qui n'ont malheureusement pas été condamnés par la justice. Et bien à un moment donné, vous avez le droit de vous sentir autorisé à aller en croisade »
Le maire rapporte avoir entendu Marion Maréchal expliquer sur une chaîne d'information que les « arabo-musulmans » étaient responsables des commerces saccagés en France pendant les manifestations, et cite un propos du même ordre attribué à une ministre. Il cite aussi ces mots de mémoire : ils ne sont pas vérifiés ici. La présentatrice lui répond que la chaîne porte la contradiction aux élus qui tiennent ces propos ; il juge cette contradiction « polie, feutrée » et insuffisante.
« comment peut-on laisser prospérer cette parole matin midi et soir sur tous les plateaux télés et croire qu'un jour elle n'aura pas d'effet dans la vie réelle et bien on y est »
Quand la présentatrice lui demande s'il accuse le Rassemblement national, il répond que c'est « un peu plus complexe » : il met en cause un climat entretenu par les politiques, les éditorialistes et les médias. Ce qu'il demande : un appel collectif à la concorde, et que plus personne ne puisse diffuser « tranquillement » la théorie du grand remplacement, sur les plateaux d'abord, par la loi peut-être.
« Ce serait facile si c'était le cas. Les autorités de ce pays pourraient se contenter d'interdire le Rassemblement national. il y aurait plus de tuerie, il y aurait plus de haine »
Le maire prend un exemple concret de sa commune pour montrer comment un problème de service public, le manque d'enseignants, se retrouve imputé aux immigrés dans le débat télévisé. Il demande que ces propos soient condamnés clairement, et non seulement contredits poliment.
« Les lycéens qui n'ont pas de prof face à eux depuis des semaines parfois dans ma ville dans des enseignements de spécialité déterminant pour leur bac. C'est la faute des immigrés. »
Il attribue l'échec à l'intervention rapide des policiers et au mauvais temps, qui avait vidé les rues ce matin-là. Il dit que le tireur a assumé ses motivations après son interpellation, et que l'enquête du parquet national antiterroriste dira s'il a agi seul. Il appelle à une mobilisation comparable à celle qui a suivi les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher.
« Oui, c'est un tournant historique, j'en suis convaincu ce qui vient de se passer. C'est une tuerie de masse qui a été planifiée et qui a heureusement échoué. »
Hervé Morin lui oppose qu'interdire l'expression d'élus n'empêchera pas ces idées d'exister, et qu'il faut débattre pour les confondre. Le maire répond que débattre avec ceux qui propagent cette théorie, c'est la traiter comme une idée digne du débat public, donc la légitimer. Il dit qu'elle « a fait des morts en Australie » : la tuerie qui s'en réclamait, en mars 2019, a eu lieu à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, et son auteur était australien.
« toutes les idées ne méritent pas le débat. Nier la Shoah, ça ne mérite pas le débat. Une loi d'ailleurs est venue en décider dans notre pays et elle fait l'unanimité aujourd'hui. Et bien la théorie du grand remplacement, c'est une théorie raciste, conspirationniste »