RÉPRESSION CONTRE LES LYCÉENS : LES PREUVES D'UNE VIOLENCE INOUÏE
Un reportage de vingt-trois minutes de Blast, publié le 13 octobre 2026 et signé du journaliste Ibrahim Benaissa, qui fait l'inventaire des violences policières et judiciaires subies par les lycéens depuis la mi-septembre, à partir de vidéos amateurs et de témoignages. La première minute enchaîne, sans les présenter, une déclaration ministérielle, une vidéo où un policier tient des propos racistes et des images d'interpellations : ce sont les pièces que le reportage instruit, pas sa position. La narration de Blast est seule analysée ; les faits qu'elle avance sur les affaires de Lens, Saint-Ouen-l'Aumône et Belfort ont été confrontés aux comptes rendus de presse et aux déclarations des parquets.
C'est la thèse du reportage : face à un récit médiatique et gouvernemental qui fait des lycéens un problème d'ordre public et nie les violences policières, l'accumulation des cas interdit de parler de dérapages isolés. Blast avance que jamais depuis la guerre d'Algérie un mouvement de jeunes n'avait été réprimé aussi durement — une comparaison historique qu'il ne chiffre pas.
« Il faut montrer qu'elles sont systémiques, inédites par leur intensité et par l'ampleur de la répression. [...] Elles ne produisent pas de l'ordre, elles produisent du désordre. »
À Lens, le 5 octobre, une source policière dit à l'AFP que le lycéen de 15 ans aurait ramassé la grenade qui lui a arraché la main ; le procureur de Béthune reconnaît le jour même ne pas pouvoir le dire. À Saint-Ouen-l'Aumône, le policier qui a tiré au lance-grenade au visage d'Eden, 14 ans, invoquait la légitime défense : le parquet de Pontoise l'a écartée faute de proportionnalité, et il a été mis en examen le 6 octobre pour violences suivies de mutilation, un crime. Les vidéos montrent Eden riposter d'un coup de pied après avoir été frappé.
« Mais à chaque fois, avant même que les faits soient établis, les versions policières et médiatiques ont d'abord circulé pour faire porter la responsabilité aux victimes. »
Le 2 octobre, un commandant de police, chef du renseignement territorial, est filmé assis sur un lycéen de 17 ans dans un ruisseau. Le procureur de Belfort a exclu toute noyade possible, l'eau ne dépassant pas 19 cm. L'avocat du lycéen, Arié Alimi, l'accuse de mentir et parle de tentative de meurtre. Le reportage ne le rappelle pas : c'est le même policier qui a été roué de coups par des jeunes quelques minutes plus tard, et l'IGPN est saisie depuis le 7 octobre.
« Il est pas nécessaire de ne pas avoir pied dans une rivière pour se noyer. Et encore plus si on a quelqu'un assis sur nous qui nous maintient la tête dans l'eau. »
Le 8 juin 2020, cinq mois après la mort de Cédric Chouviat lors d'un contrôle routier, Christophe Castaner annonce l'abandon de la clé d'étranglement. Il recule ensuite sous la pression des syndicats de police : une note du 15 juin en autorise encore l'usage « avec discernement ». L'interdiction est finalement actée le 30 juillet 2020, avec trois techniques de remplacement. Le fait est donc établi, avec un mois de décalage sur la date. Le plaquage ventral, dont Blast rappelle aussi les dangers, reste autorisé.
« Depuis juin 2020, après la mort de Cédric Chouviat, le ministère de l'Intérieur avait interdit aux policiers, aux gendarmes, de s'appuyer sur la nuque ou le cou d'une personne maintenue au sol. »
Le port du référentiel des identités et de l'organisation, numéro à sept chiffres, est obligatoire depuis 2014. Saisi par la Ligue des droits de l'homme, le Conseil d'État avait constaté en octobre 2023 qu'il n'était pas respecté. Le 29 avril 2026, il a enjoint au ministre de l'Intérieur de faire distribuer avant le 31 décembre 2026 des équipements aux caractères plus grands et plus lisibles, sans astreinte. Les vidéos de lycéens réclamant en vain un RIO montrent pourquoi l'enjeu est concret : sans lui, aucun signalement n'est possible.
« Or le RIO revêt un caractère obligatoire depuis 2014, date de son instauration au sein du code de la sécurité intérieure. Le Conseil d'État a rappelé et même renforcé cette obligation en avril en imposant notamment de nouveaux marquages plus grands et plus lisibles d'ici fin 2026. »
Le reportage retrace la trajectoire de l'arme : le Flash-Ball, entré en dotation en 1995 quand Claude Guéant dirigeait la police nationale, est d'abord réservé aux unités d'intervention puis aux brigades anticriminalité. Il sert massivement pendant les révoltes de 2005, éborgne un lycéen nantais en 2007 alors que le LBD 40 est en expérimentation, puis devient connu de tous avec les mutilations des Gilets jaunes. Les tirs tendus filmés à Sartrouville et à Reims violent des consignes qui interdisent de viser la tête.
« Le premier laboratoire de cette arme, c'est les quartiers populaires, les banlieues et les personnes racisées issues de l'immigration post-coloniale. »
Le reportage relève des policiers qui s'interposent entre la caméra et l'interpellation, un motard portant l'insigne du Punisher, reprise par l'extrême droite, qui roule sur la jambe d'un journaliste à Montpellier, des téléphones arrachés et jetés au sol, et l'éclairage des boucliers détourné pour éblouir les objectifs. Il y voit une possible entrave concertée, au sens de l'article 431-1 du Code pénal.
« Il n'est pas inutile de rappeler que lors d'une manifestation en France, la liberté d'informer protège le droit des journalistes et citoyens lambda d'observer, de filmer et de rendre compte des opérations du maintien de l'ordre. »
Le préfet des Hauts-de-Seine et d'autres ont convoqué les parents de mineurs interpellés lors des blocus. Pour Blast, c'est empiéter sur l'autorité judiciaire et désigner comme fautifs des adolescents simplement gardés à vue, sans poursuite ni condamnation. Le reportage replace ces convocations dans un contexte qu'il juge alarmant : la saisine de l'ONU par la Ligue des droits de l'homme et dix syndicats le 5 octobre, et la loi dite « permis de tuer ».
« Déjà le représentant de l'État n'a pas le pouvoir de convoquer impérativement un citoyen dans ce cadre. »
Laurent Nuñez a annoncé 1 954 interpellations pour le jeudi 1er octobre, pic du mouvement (franceinfo ; Amnesty International France en compte 1 948 d'après les chiffres de l'Intérieur). Le samedi le plus chargé des Gilets jaunes, le 8 décembre 2018, en comptait 1 723 dans toute la France selon le ministère. Les cumuls cités par le reportage — plus de 6 000 interpellations, 5 060 gardes à vue dont 87 % de mineurs — sont ceux de début octobre ; le ministère de la Justice en était à 6 877 gardes à vue le 8 octobre.
« Le 1er octobre, près de 2000 personnes ont été interpellées en une seule journée. C'est plus que lors des pires samedis des gilets jaunes. Et c'est un mouvement de lycéens. »
Des avocats décrivent des gardes à vue qui « servent à punir plutôt qu'à enquêter » : insultes, gifles, jeunes déshabillés de force, puis libérés sans poursuite au bout d'une nuit. Le ministère de la Justice le confirme en creux : sur 6 877 gardes à vue, environ un tiers n'a débouché ni sur une poursuite ni sur une alternative, faute de faits établis (franceinfo, 14/10/2026). Le reportage cite aussi des lycéennes arrêtées pour un slogan, un dessin sur le ventre, une danse.
« À ce stade, on ne peut plus parler de bavure mais peut-être bien de stratégie. Faire peur aux lycéens pour qu'ils ne reviennent plus manifester. »
La conclusion du reportage décrit un changement d'échelle plus que de nature : la répression ne s'abat plus sur « quelques jeunes isolés dans une cité qu'on ignore », mais sur des milliers de lycéens, devant leurs parents et leurs professeurs, et les images circulent. C'est le même mouvement que le « laboratoire » du LBD : une méthode rodée sur les banlieues, étendue à tous.
« Pas un hasard si ce mouvement est parti des quartiers populaires. La réponse qu'ils reçoivent, les jeunes des quartiers, la connaissent depuis des décennies. La matraque, la garde-à-vue et le mépris. Mais quelque chose a changé cette fois. »