RETRAITES : IL Y A D’AUTRES SOLUTIONS À LA RÉFORME BRUTALE DE MACRON
Un entretien de quinze minutes publié par Blast le 24 janvier 2023, au lendemain de la présentation de la réforme des retraites en Conseil des ministres. Un économiste, auteur d'un hors-série de Charlie Hebdo intitulé « Retraites : le casse du siècle », y défend une autre voie de financement ; une émission de Blast du 7 février 2023, rangée dans le même dossier, reprend mot pour mot son raisonnement sur les études longues en l'attribuant à l'économiste Gilles Raveaud. La première minute enchaîne, sans les présenter, des extraits de manifestants et de défenseurs de la réforme : ils ne sont pas la position de l'invité.
Les ordres de grandeur tiennent : le COR mesurait un léger excédent du système en 2022, et des déficits futurs de l'ordre de 10 à 15 milliards par an dans ses hypothèses les moins favorables ; la loi de finances pour 2023 prévoyait un déficit de l'État d'environ 160 milliards. La comparaison rapproche toutefois deux périmètres différents, et le déficit de l'État de 2023 doit aussi aux boucliers énergétiques, pas aux seules baisses d'impôts que l'économiste invoque.
« Le gouvernement qui veut nous terroriser, nous imposer des sacrifices très importants pour 15 milliards de déficit annuel futur, est le même gouvernement qui a voté à l’automne dernier un déficit de l’État de 160 milliards, c’est-à-dire 10 fois plus. »
C'est une arithmétique : le report de l'âge légal ne mord que sur ceux qui atteignaient leurs annuités avant 64 ans. Les économies reposent donc, selon l'économiste, sur les études courtes, les emplois les plus durs et les moins payés — ceux qu'on avait « découverts » pendant le Covid.
« Une jeune ou un jeune qui fait des études, qui a commencé à travailler à 22 ans donc qui doit les 43 années de cotisation, 22 plus 43 ça fait 65 ans. Et donc cette personne là n’est absolument pas touchée par la réforme. »
L'entreprise fait le chèque à l'Urssaf, mais l'argent est celui des salariés, versé presque sans frais aux retraités et sans passer par l'État. Le vocabulaire de la « charge » fait d'une part du salaire un poids pour l'employeur ; c'est ce qui rend, dit-il, une hausse de cotisation impensable.
« Les “charges”, il y a l’idée que ça pèse sur l’entreprise et la cotisation on cotise à quelque chose comme quand vous cotisez à une cagnotte pour un anniversaire. »
Il admet que la mesure resterait injuste : qui commence à travailler à 16 ans vit en moyenne moins longtemps, et en moins bonne santé, que qui commence à 25 ans. Il plaide aussi pour revenir à 40 annuités en cotisant un peu plus chaque mois.
« La première chose à faire c’est de supprimer l’âge légal, déjà 43 ans ça me paraît trop »
Les pensions versées approchent 350 milliards par an. Il propose d'augmenter les cotisations, que le gouvernement refuse d'ouvrir à la discussion, de faire travailler plus de monde et de mieux payer. Il avance que l'égalité salariale entre femmes et hommes comblerait le déficit : les estimations, syndicales pour la plupart, chiffrent les recettes en milliards par an, mais ces salaires plus élevés ouvriraient aussi des pensions plus élevées.
« Le problème des retraites, il est tout petit, vraiment il est tout petit. »
De 1997 à 2001, l'économie française a créé près de deux millions d'emplois, en quatre ans plutôt que trois, sur fond de forte croissance. Les évaluations de la Dares attribuent environ 350 000 de ces créations à la réduction du temps de travail. L'économiste ne dit pas que les 35 heures ont tout produit ; il les cite pour défendre l'idée qu'on peut travailler moins sans détruire l'emploi.
« on a un bond de l’emploi, qui augmente de deux millions d’emplois en trois ans, c’est le seul moment depuis 1950 où l’emploi augmente beaucoup »
C'est le contre-pied exact de la réforme, qui fait travailler plus longtemps. Il appuie ce cap sur un projet collectif de transition écologique — transports en commun, agriculture écologique, isolation des bâtiments — et sur la semaine de quatre jours : selon lui, les salariés qui y passent sont plus heureux et les entreprises embauchent pour la mettre en place.
« On voit bien qu’on produit trop, qu’on produit mal et par contre les choses essentielles qui ne sont pas produites comme encore une fois, le logement, la santé ou l’éducation. L’avenir est évident mais j’ai vraiment peur qu’on n’y aille jamais, c’est de dire : On travaille moins, éventuellement on gagne moins mais comme on dépense beaucoup moins on vit mieux »
C'est la conclusion de l'entretien, et elle donne sa clé : reculer l'âge de la retraite est une contrainte de plus imposée aux salariés au nom de la liberté. L'économiste y oppose la Sécurité sociale et les services publics, qu'il décrit comme « les fondements de notre liberté ».
« On a un gouvernement qui n’arrête pas de revendiquer la liberté, l’individu, et en fait, c'est vraiment ça le néolibéralisme, c’est qu’au contraire, et ça a été le cas de Thatcher au Royaume-Uni, de Reagan aux Etats-Unis, c’est que ce sont des gens qui passent leur temps à contraindre les citoyens ordinaires et par contre à enlever toutes les barrières aux plus riches, aux grandes entreprises qui étaient déjà les plus libres. »