RETRAITES : DÉCRYPTAGE DES FAKE NEWS DU GOUVERNEMENT
Une émission économique de Blast de vingt-quatre minutes, publiée le 7 février 2023, pendant l'examen de la réforme des retraites à l'Assemblée. Salomé Saqué et Anouk Millot, du pôle économie, y reprennent un à un les arguments du gouvernement : déficit, justice, petites pensions, comparaison européenne, emploi des seniors. Le montage intercale de nombreux extraits de ministres et de défenseurs de la réforme, que le transcript ne distingue pas de la narration : seule la narration de Blast est analysée ici.
Le gouvernement annonçait 12,4 milliards de déficit en 2027 et 150 milliards de déficits cumulés en dix ans. Blast oppose le président du Conseil d'orientation des retraites, Pierre-Louis Bras, entendu à l'Assemblée : un déficit prévu vers 2030 entre 0 et 0,5 point de PIB, et des dépenses qui, dans la plupart des hypothèses, baissent un peu à terme.
« Seulement en mobilisant cet argumentaire, le gouvernement omet une grosse partie du rapport du COR. Sa rhétorique ne se fonde que sur un seul des quatre scénarios envisagés par le COR, »
Blast cite le rapport du COR de septembre 2022, qui écrit que « l'essentiel du déficit est provoqué par l'évolution des ressources », dont la part dans le PIB baisserait de 0,3 point. Le rapport en désigne une cause : la quasi-stabilité de la masse salariale des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers, dont le taux de cotisation employeur est plus élevé que dans le privé. Blast en tire que la réduction des dépenses publiques a elle-même creusé le solde ; c'est sa lecture, appuyée sur le texte.
« ce déficit n’est pas vraiment causé par la hausse du nombre de retraités, mais plutôt par la stagnation du nombre de fonctionnaires, qui sont ceux qui contribuent le plus aux ressources du système de retraites. »
Blast relève le glissement du discours gouvernemental : la justice et le progrès en janvier, puis les « efforts » répétés par plusieurs ministres. Les deux discours coexistent mal : une réforme qui demande des efforts à tous fait des perdants, et la question devient celle de leur répartition.
« Dans un entretien au JDD, le ministre du Travail Olivier Dussopt a récemment déclaré que c’était une réforme qui ne faisait “pas de perdants”. »
Avant la réforme, le dispositif des carrières longues permettait de partir à 60 ans à qui avait commencé avant 20 ans. Le projet, puis la loi d'avril 2023, ont créé plusieurs paliers : 58 ans avant 16 ans, 60 ans entre 16 et 18 ans, 62 ans entre 18 et 20 ans. Le dispositif s'étend à certains, mais recule de deux ans pour une partie de ceux qu'il protégeait.
« Par exemple, ceux qui ont commencé à travailler entre 18 et 20 ans devront travailler jusqu’à 62 ans, au lieu de 60 ans actuellement. »
L'étude d'impact jointe au projet de loi le chiffre : pour plusieurs générations, l'âge de départ des femmes recule plus que celui des hommes, parce que les trimestres pour enfants leur permettaient plus souvent d'atteindre leurs annuités avant 64 ans. Le ministre Franck Riester l'a reconnu en janvier 2023 : elles sont « un peu pénalisées » par le report. Le gouvernement soutenait au même moment que la réforme était « bénéfique » aux femmes.
« Enfin, c’est pour les femmes que la réforme va être le plus injuste. L’étude d’impact publiée fin janvier le confirme : la réforme va davantage pénaliser les femmes. »
La loi Fillon de 2003 fixait déjà l'objectif d'une pension égale à 85 % du SMIC net pour une carrière complète au SMIC. La mesure de 2023 exige une carrière complète et l'âge du taux plein : elle exclut les carrières interrompues, souvent celles des femmes. Les débats des semaines suivantes l'ont confirmé : le gouvernement a reconnu que seule une petite minorité des retraités revalorisés atteindrait 1 200 euros, loin des « deux millions » avancés.
« Premièrement, ce que le gouvernement ne dit pas, c’est que cette loi existe déjà. Elle date de 2003, la loi comprend déjà un minimum de retraite censé être d’au moins 85 % du Smic, mais elle n’avait pas été appliquée jusqu’à présent. »
Blast a raison sur l'âge officiel : 62 ans en 2023, parmi les plus bas d'Europe. Mais l'« âge normal de la retraite » de l'OCDE, autour de 64 ans pour la France, est l'âge du taux plein pour une carrière type, pas l'âge auquel les gens partent. Mesuré par l'âge effectif de sortie du marché du travail, la France reste parmi les pays où l'on s'arrête le plus tôt. Les autres arguments de Blast — santé moindre aux âges élevés, pauvreté des retraités plus faible qu'ailleurs — ne dépendent pas de ce point.
« Donc l’argument du gouvernement consistant à dire que l’on part très tôt à la retraite en France est valable pour l’âge officiel de départ, mais pas pour l’âge effectif. »
Le gouvernement promettait 240 000 emplois. Blast rappelle qu'un rapport du Sénat de 2019 chiffrait à 20 milliards les dépenses de chômage, d'arrêts maladie et d'invalidité qui avaient compensé une partie des économies de la réforme de 2010. L'index seniors, sans sanction et limité aux entreprises de plus de 300 salariés, reprend le modèle de l'index égalité professionnelle.
« Mais le problème, c’est qu’à moins d’inciter les entreprises à embaucher des seniors, ça va aussi maintenir la situation des chômeurs ou des inactifs âgés. »
Blast termine sur cet extrait, une déclaration du président datant de 2019, et sur une déclaration plus ancienne d'Olivier Dussopt, alors député socialiste, jugeant « doublement injuste » de reculer l'âge de la retraite sans mettre à contribution les revenus du capital. Les deux défendent en 2023 la réforme qu'ils récusaient.
« Est-ce qu’il faut reculer l’âge légal qui est aujourd’hui à 62 ans ? Je ne crois pas. Quand aujourd’hui on est peu qualifié, quand on vit dans une région qui est en difficulté industrielle, quand on est soi même en difficulté, qu’on a une carrière fracturée, bon courage déjà pour arriver à 62 ans. »