BLAST AVEC LA RUE CONTRE LA RÉPRESSION
Un éditorial de quatorze minutes de Denis Robert, directeur de publication de Blast, publié le 23 octobre 2026, six jours après la journée de manifestations du 17 octobre. C'est aussi l'appel qui ouvre la campagne de dons du média : sa dernière partie présente la coopérative et demande des abonnements. Le montage intercale, sans les présenter, des extraits de Sébastien Lecornu, de Laurent Nuñez, de vœux d'Emmanuel Macron et de plateaux de télévision : ce sont les pièces que l'éditorial commente, pas sa position. Les articles que Denis Robert affiche à l'écran ne figurent pas dans le transcript.
L'éditorial s'ouvre sur cette phrase de Maurice Barrès, écrivain et député nationaliste, fondateur du journal La Cocarde où écrivit Charles Maurras, et que l'historien Zeev Sternhell a décrit comme un précurseur du fascisme français. Pour Denis Robert, un pouvoir qui somme de choisir entre « casseurs » et « commerçants » a pour seule crainte que les pauvres cessent de se croire impuissants.
« Que les pauvres aient le sentiment de leur impuissance, voilà une condition première de la paix sociale. Barrès, inventeur d'un fascisme à la française, il est mort en 1923, avait tout compris. »
Denis Robert reproche aux syndicats de police et aux médias d'insister sur les pillages et les commerçants en larmes. Le président et son épouse assistaient bien, le vendredi 16 octobre, à un concert de Céline Dion en région parisienne. Le lundi 19, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a dit avoir présenté sa démission, refusée par le président.
« oublier que le premier responsable de ce chaos naissant s'appelle Emmanuel Macron »
Le « dit-on » porte le doute. Le décès est établi : un homme s'est effondré boulevard Magenta, près du cortège, et la préfecture de police a parlé d'un arrêt cardio-respiratoire sans détailler les circonstances, toujours sous enquête ; l'eurodéputée Manon Aubry a demandé des explications au ministère. Denis Robert rapproche ce silence de la mort de Zineb Redouane à Marseille en 2018, touchée par une grenade lacrymogène, où le pouvoir avait d'abord parlé de mort naturelle. Aucun lien avec les gaz n'est établi à ce stade.
« Personne n'a perdu un œil ou a eu la main arrachée, mais un manifestant est mort dans les gaz de lacrymo. Arrêt cardio-respiratoire, dit-on. »
L'Insee comptait 9,8 millions de personnes sous le seuil de pauvreté en 2024, soit 15,4 % de la population, son niveau le plus élevé depuis le début de la série en 1996 ; elles étaient 8,9 millions en 2017 (14,1 %). Le « 10 millions » arrondit, et une rupture de série en 2021 invite à la prudence. Imputer toute la hausse au président, crise sanitaire comprise, relève de la lecture politique.
« Le bilan d'Emmanuel Macron, c'est 10 millions de pauvres d'après l'INSEE, soit le plus haut taux de pauvreté en France depuis 30 ans. »
Le soir du 17 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait lancé qu'entre les casseurs et les policiers « il faut choisir son camp ». Denis Robert y lit un ultimatum adressé aux médias indépendants, et reproche aux chaînes et radios d'avoir choisi le camp de l'ordre, jusqu'à relayer l'idée d'envoyer l'armée.
« Ben pas nous. Nous, on choisit le camp des pauvres, des étudiants et des lycéens. Et les apprentis sorciers, ce ne sont pas les insoumis mais les journalistes et les édiles, tous soumis à ce pouvoir matraqueur. »