17 octobre : à qui la faute ?
Chronique solo de Clément Viktorovitch, enregistrée le 19 octobre 2026, deux jours après la journée de mobilisation du 17 octobre. Elle contient des extraits non signalés dans le transcript : la procureure de Paris interrogée par Alba Ventura, Laurent Nuñez le soir du 17 puis sur France Inter le 19, et la lecture d'un entretien du sociologue Sebastian Roché à Libération. Seule la parole du chroniqueur est analysée ; ce qu'il lit de Sebastian Roché lui est attribué comme tel.
Le chroniqueur ne condamne pas une poubelle brûlée ou une vitrine brisée, que l'assurance indemnisera, et vise plutôt ceux qui s'en scandalisent sans un mot pour les yeux crevés. Il condamne en revanche l'incendie d'un bâtiment, où l'on ne sait jamais qui se trouve, et le pillage de petits commerces dont les gérants ont été violentés. Ces actes, dit-il, desservent le mouvement plus qu'ils ne le servent.
« J'ai une limite qui est très claire en ce qui me concerne, c'est la violence sur autrui et la mise en danger de la vie d'autrui. Donc la mairie de Limoges incendiée, moi ça me convient évidemment pas. »
Le résumé est fidèle. Interrogée sur RTL par Alba Ventura, la procureure de Paris, Laure Beccuau, disait ne pas pouvoir « confirmer » que les personnes interpellées étaient politisées à l'ultragauche, ce que soutenait le ministre de l'Intérieur. Elle précisait que beaucoup gardaient le silence en garde à vue. Le chroniqueur y lit une pique contre Laurent Nuñez : c'est son interprétation, que les propos permettent sans l'imposer.
« la procureur de Paris non, en fonction des informations dont je dispose, je ne peux pas vous dire s'il s'agit ou non de manifestants d'Ultra gauche. Ce sont des gens qui gardent le silence, qui ne revendiquent pas de positionnement politique. »
La méthode est la bonne : comparer des chiffres du ministère de l'Intérieur entre eux. Il a compté 550 000 manifestants le 17 octobre 2026, 282 000 le 17 novembre 2018, premier acte des Gilets jaunes, et 1,28 million le 7 mars 2023 contre la réforme des retraites. La journée du 17 octobre approche donc deux fois le pic des Gilets jaunes et dépasse les deux cinquièmes du record de 2023. Le chroniqueur arrondit vers le haut (290 000, « 1 million ») sans changer les ordres de grandeur.
« Il y a eu samedi dans les rues plus de 500000 personnes chiffre du ministère de l'intérieur. J'ai comparé la journée de mobilisation des gilets jaunes la plus importante, 290000. »
Le soir du 17 octobre, Laurent Nuñez répondait que le dispositif « n'était pas sous-dimensionné ». Le 19 sur France Inter, il reconnaissait qu'il s'était trouvé à certains endroits en décalage avec une participation deux fois et demie supérieure aux prévisions (franceinfo, 19/10/2026). Le glissement est réel. Le ministre contestait pourtant toujours le mot de sous-dimensionnement, qui est la traduction du chroniqueur. Il a par ailleurs présenté sa démission, que le président a refusée.
« forces de l'ordre se soient retrouvé dans une forme de posture d'asymétrie par rapport aux forces qu'il y avait en face, c'est-à-dire un sous-dimensionnement du maintien de l'ordre." Donc c'est un aveu public. »
Le chroniqueur lit l'entretien que le sociologue du CNRS a donné à Libération : l'accord sur le parcours parisien n'a été trouvé que la veille au soir, faute de souplesse du préfet de police ; la dispersion de la place de la République avant le départ a éclaté le cortège en petits groupes ; et le gazage préventif a fait le reste. D'où sa phrase, que le chroniqueur répète : « le gouvernement a bien favorisé cette casse ».
« peut-être que la responsabilité c'est pas les 500000 manifestants qui descendaient simplement manifestés mais que peut-être la responsabilité c'est la police qui n'était pas je cite Sébastien Rochet une police professionnelle »
C'est aussi l'analyse de Sebastian Roché qu'il lit plus tôt : la stratégie menée contre le mouvement lycéen a saturé la police et la justice, avec près de 8 000 gardes à vue, majoritairement de mineurs, pour des jeunes qui n'étaient pas des menaces. Le chiffre concorde avec le bilan du ministère de la Justice à la mi-octobre. Les forces mobilisées pour réprimer les blocus manquaient ensuite le jour où la mobilisation a été la plus large.
« sont là en sous nombre parce que les policiers sont épuisés parce que pendant 2 semaines, 3 semaines, 4 semaines, on a utilisé tous les policiers pour aller tabasser des momes, pour aller taper sur des lycéens. Et surprise, ça se passe mal mesdames messieurs. »
Deux adolescents de 17 ans ont été gravement blessés : l'un a perdu une main à Saint-Étienne, l'autre un œil à Mulhouse (Maire-info, octobre 2026). Qu'elle ne manifestait pas est l'affirmation de sites militants, non confirmée par les autorités. Un homme est mort près du cortège parisien, dans le 10e arrondissement, d'un probable malaise cardiaque selon les premiers éléments. Le chroniqueur refuse à juste titre d'en tirer une hypothèse. Le blessé à l'œil de Strasbourg n'a pas été retrouvé.
« Un gamin de 17 ans qui a une main arracher dans des circonstances qu'on peine encore à identifier par un dispositif, une grenade dont on ne sait pas encore de quoi il s'agit. »
Le chroniqueur déroule une séquence : aux Gilets jaunes, on a proposé les cahiers de doléances puis le grand débat ; en avril 2019, Emmanuel Macron y a écarté le RIC et le vote blanc et maintenu la suppression de l'ISF ; la convention citoyenne pour le climat n'a pas été reprise « sans filtre » ; le Nouveau Front populaire, arrivé en tête en 2024, a été tenu à l'écart du pouvoir. Le 17 octobre lui paraît l'aboutissement de cette suite de canaux fermés.
« C'est pas les cahiers de doléance qui gouvernent, c'est pas les plateformes participatives qui gouvernent, c'est même pas les élections qui gouvernent, c'est eux. »