Ces discours ont mené au drame de Trappes.
Chronique solo de 25 minutes de Clément Viktorovitch, quelques jours après l'attentat raciste du 23 octobre 2026 à Trappes et La Verrière (un mort, cinq blessés dont une fillette de 12 ans). Le chroniqueur y lit des articles du Monde et de Mediapart, et fait entendre des extraits : la déclaration d'Emmanuel Macron le soir de l'attaque, le message de Jordan Bardella qui lui répond, puis des propos tenus sur les chaînes d'information dans la semaine qui a suivi les violences du 17 octobre — Marion Maréchal, Philippe de Villiers, Éric Zemmour sur BFMTV et LCI —, et un entretien de Jordan Bardella en 2022. Rien ne distingue ces extraits dans la transcription. Ils ne sont cités ici que lorsque le chroniqueur nomme leur auteur ; les premiers propos qu'il fait entendre (« racailles », « hordes de sauvages ») ne le sont pas, et ne sont pas attribués. Le chroniqueur ne se prononce pas sur l'état psychiatrique du tireur présumé, placé en observation : sa thèse porte sur les discours.
Le tireur présumé a été placé en observation psychiatrique. Le chroniqueur écarte la question de son discernement, qui relève de l'enquête, pour poser la sienne : quels discours ont nourri un homme qui a visé des personnes noires et arabes en disant vouloir venger les commerçants pillés le 17 octobre. Il qualifie l'idéologie de raciste et néonazie, et la dit « irriguée par les discours du Rassemblement national ».
« Dans un cas comme dans l'autre, son acte, son bras a été armé, inspiré par une idéologie. Et c'est ça qui moi m'intéresse. »
Le chroniqueur dit que des groupes d'extrême droite violente ont été vus dans les rues le samedi suivant le 17 octobre, sans que les forces de l'ordre interviennent, et que le ministre a écarté la question en répondant qu'elles « avaient autre chose à faire ». Ce propos du ministre est rapporté de mémoire et n'a pas été retrouvé ici ; dans ses déclarations publiques de ce week-end, Laurent Nuñez imputait les violences à l'ultragauche et aux pillards.
« La porosité de ce fascisme avec le ministère de l'intérieur jusqu'au ministre lui-même est, j'allais dire stupéfiante, mais non gravissime, ça c'est sûr. »
Le soir de l'attaque, Emmanuel Macron a parlé d'un tournant, « la première fois qu'il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, à raison de leur couleur de peau ou de la religion qu'on leur donne ». Le chroniqueur égrène les précédents : l'école Ozar Hatorah de Toulouse (2012) et l'Hyper Cacher (2015), attentats antisémites planifiés, le père Hamel (2016), mais aussi des crimes racistes comme la mosquée de Bayonne (2019), la rue d'Enghien (décembre 2022, et non 2020 comme il le dit) ou Puget-sur-Argens (2025). Le président a corrigé dans la nuit sur X : « Aucune douleur ne doit être hiérarchisée » (Le Tribunal du Net, 24/10/2026).
« Bien évidemment, c'est loin, très loin mais alors très très loin d'être la première fois que des personnes sont ciblées en France en raison de leur couleur de peau ou de leur religion. »
Le président du RN rappelle à Emmanuel Macron les victimes d'Ozar Hatorah, de l'Hyper Cacher, du père Hamel et de la basilique de Nice. Le chroniqueur relève l'absence des victimes musulmanes, noires ou arabes, tuées souvent par des militants d'extrême droite. Il lui oppose aussi l'enquête de Mediapart du 28 septembre 2026, qui lui attribue des messages antisémites écrits entre 2013 et 2015 ; Jordan Bardella les dit fabriqués et a porté plainte en diffamation.
« Il manque peut-être un pan des crimes racistes odieux. Il manque peut-être tout un pan des attentats insupportables qui ont ciblé par exemple des personnes musulmanes, par exemple des personnes en raison de la couleur de la peau, des personnes racisées noires ou arabes »
Après plusieurs extraits diffusés dans la semaine (« racailles », « prédateurs de banlieue », « hordes de sauvages »), le chroniqueur décrit le procédé : on ne parle plus d'auteurs à identifier, mais d'une population entière désignée comme menace. Ceux qui parlent ainsi, dit-il, se gardent de franchir la ligne rouge, mais orientent la pensée vers elle.
« Ce qui compte dans toutes ces prises de parole jusqu'à présent, c'est la montée en généralité. C'est pas il y a quelques individus dont on attend de savoir d'où ils viennent. Non, le problème c'est pas des individus qui commettent des actes. Le problème c'est que ce sont des hordes. »
Dans l'extrait diffusé, Marion Maréchal parle de « formes d'émeutes ethniques » et de « la montée des banlieues à forte population d'origine immigrée ». Interrogée sur ses éléments, elle répond qu'« il suffit d'avoir des yeux pour voir », et cite les drapeaux algériens et marocains. Le chroniqueur y voit le passage d'une généralité sociale à une désignation ethnique.
« elle ethnicise la question en disant des émeutes ethniques, une immigration inassimilée. »
Dans l'extrait de BFMTV, Éric Zemmour parle d'une « alliance » entre « cette racaille arabo-musulmane » et l'extrême gauche, et précise, relancé par la journaliste, « africaine, arabe ». Le chroniqueur rapproche ce discours du mobile revendiqué par le tireur, venger les commerçants pillés en visant des Noirs et des Arabes. Éric Zemmour a déjà été condamné pour injure raciale pour des propos sur la « racaille arabo-musulmane » après Crépol.
« On a un homme qui est en train de nous dire que les responsables de la casse de samedi, c'est l'immigration arabo-musulmane, africaine, les noirs, les arabes. Exactement au mot près les propos qu'on a entendu dans la bouche du tueur de Trappe de vendredi. »
Le chroniqueur réagit à Éric Zemmour qui, sur LCI, voit dans les violences du 17 octobre « le véritable visage du grand remplacement ». Les faits rappelés sont exacts : à Christchurch en mars 2019 (51 morts), le manifeste du tireur s'intitulait « The Great Replacement » ; à El Paso en août 2019 (23 morts), le texte du tireur invoquait une « invasion hispanique » ; à Buffalo en mai 2022 (10 morts, tous noirs), le manifeste reprenait la théorie de Renaud Camus et désignait le tireur de Christchurch comme modèle.
« On est pas seulement dans le racisme, mais on est dans le racisme inséré au sein d'une idéologie terroriste, une idéologie qui a déjà tué à plusieurs reprises à la surface du globe et de manière massive. »
Le rappel est exact. Après la réélection d'Ali Rabeh en octobre 2021, Jordan Bardella avait dénoncé la « constitution de républiques islamiques en miniature » à Trappes et demandé la mise sous tutelle de la ville ; il a annoncé sa mise en examen début février 2022 (Europe 1, Bladi, 02/02/2022). Dans l'extrait diffusé, il maintient : Trappes, Roubaix et Saint-Denis seraient « des petites Républiques islamiques en miniature », des villes qui « ressemblent plus à l'Afghanistan » qu'à la France.
« c'est ce que disait Jordan Bardella en 2022 il y a 4 ans, cette ville dans laquelle 4 ans plus tard […] on a un homme qui est monté dans sa voiture avec un fusil mitrailleur. »
Il reprend le mot d'Emmanuel Macron pour le retourner : ni les discours racistes ni les actes ne sont nouveaux. D'ordinaire, ces discours infusent à petites doses, jour après jour ; cette fois, tous ont été tenus sur de grandes antennes la même semaine, sans être modérés, et l'attaque a suivi.
« Peut-être que le tournant, il est là, non pas dans les actes, non pas dans les discours, mais dans le caractère absolument indéniable du lien entre les actes et les discours. Je le répète mesdames messieurs, ces discours ont du sang sur les mots. »