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Lycéens vs Agriculteurs : pourquoi le deux poids deux mesures ?

▶️ Vidéo YouTubeMédiaClément Viktorovitch16 octobre 2026

Chronique solo de Clément Viktorovitch, enregistrée au lendemain de la manifestation lycéenne du 13 octobre 2026 et avant la journée du 17 octobre. Il y compare le maintien de l'ordre face aux lycéens à celui de la mobilisation des agriculteurs de janvier 2024. La chronique contient des extraits non signalés dans le transcript : une déclaration de Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, son entretien sur France Inter, une déclaration de Gérald Darmanin sur TF1 en janvier 2024, des archives de BFMTV, et deux articles lus à voix haute (Lyon Capitale, Le Parisien). Seule la parole du chroniqueur est analysée.

7 analyses
★⚔️ CritiqueVérifié
En qualifiant le mouvement lycéen de « violences urbaines », Nuñez sort la police du cadre du maintien de l'ordre, accuse Viktorovitch
→ Visé :Laurent Nuñez

Le chroniqueur part de la déclaration du ministre de l'Intérieur : des actions violentes « fréquemment constatées » ont fait basculer le mouvement dans les « violences urbaines », où les forces de sécurité « n'interviennent plus dans le cadre réglementaire du schéma classique du maintien de l'ordre ». Il condamne les agressions de passants commises en marge des cortèges, mais refuse qu'une vitrine ou une poubelle suffise à requalifier tout un mouvement de mineurs.

« ça n'est pas seulement qu'il n'a pas donné de consigne de retenue, c'est qu'il a donné les consignes d'être particulièrement brutal puisqu'il a décidé que le mouvement avait basculé dans la catégorie violences urbaines, c'est extrêmement grave. »
🛡️ Sécurité & justice
💡 Idée-cléVérifié
Manifester n'est pas un débordement de la démocratie mais l'une de ses pièces, rappelle Viktorovitch avec Rosanvallon

Pour le chroniqueur, l'expression publique du désaccord reste possible en France, mais plus dans la rue : la requalifier en émeute permet de la réprimer comme telle. Il en fait la ligne d'une présidence qui, depuis une dizaine d'années, s'en prend au droit de manifester.

« le droit de manifester qui est consubstantiel à la démocratie, qui participe à ce que Pierre Rosanvallon, théoricien de la démocratie, appelle le pouvoir de veto du peuple, dont il nous explique que le pouvoir de veto a toujours fait partie et fera toujours partie de la démocratie représentative, c'est normal dans une démocratie représentative que les gens descendent dans la rue pour gueuler. »
🏛️ Institutions & démocratie
✅ VérificationVraiVérifié
L'article 24 de la loi « sécurité globale » et la loi anticasseurs visaient bien la diffusion d'images de policiers et le droit de manifester
→ Visé :RenaissanceGérald Darmanin

Les deux rappels sont exacts. L'article 24, devenu article 52, réprimait la diffusion malveillante de l'image d'un policier, et la loi anticasseurs de 2019 permettait au préfet d'interdire à une personne de manifester, sur tout le territoire pour un mois au plus. Le mot « visait » est juste : le Conseil constitutionnel a censuré la mesure anticasseurs le 4 avril 2019 et l'article 52 le 20 mai 2021. Aucune des deux n'est entrée en vigueur.

« C'était l'article 24 de la loi sécurité globale qui visait à pouvoir poursuivre un journaliste qui diffuse des images d'un policier en train de commettre des violences. »
🏛️ Institutions & démocratieConseil constitutionnel, décision n° 2019-780 DC du 4 avril 2019 (loi anticasseurs) ↗Conseil constitutionnel, décision n° 2021-817 DC du 20 mai 2021 (loi pour une sécurité globale) ↗
✅ VérificationPlutôt vraiVérifié
Des syndicalistes enseignants frappés et leur banderole saisie à Lyon : le récit du SNES-FSU, que la préfecture conteste en partie

Le chroniqueur lit fidèlement Lyon Capitale (14 octobre 2026) : le 13 octobre, la banderole « Pour améliorer l'école, vous n'avez pas notre confiance » a été prise par des CRS, et deux membres du service d'ordre du SNES-FSU sont allés à l'hôpital faire constater leurs blessures. La préfecture du Rhône ne dément pas les coups, mais dit que des casseurs s'étaient repliés derrière la banderole, « simplement retirée et laissée sur place ». Les deux récits s'opposent sur ce point.

« on est sur des militants syndicaux qui défilent tranquillement avec un service d'ordre derrière une bannière qui comporte un slogan si on est poli qu'on va dire mesuré, voire mollasson et même ça c'est trop. »
🛡️ Sécurité & justiceLyon Capitale, 14/10/2026 — Manifestation lycéenne à Lyon : syndicalistes frappés et banderole confisquée, la préfecture se justifie ↗
★✅ VérificationVraiVérifié
Incendies et explosion sans intervention en 2024 : face aux agriculteurs, le gouvernement avait bien demandé la modération
→ Visé :RenaissanceGérald DarmaninLaurent Nuñez

Sur France Inter, Laurent Nuñez assurait qu'il n'y a « pas deux poids deux mesures », la police intervenant dès qu'il y a des dégradations. Les archives de janvier 2024 disent l'inverse : bâtiment de la DREAL soufflé à Carcassonne, feu devant la préfecture d'Agen le 24, MSA de Narbonne incendiée le 26, sans interpellation. Le 25, Gérald Darmanin disait sur TF1 qu'on ne répond pas « à la souffrance en envoyant des CRS », et il assumait le 28 une consigne de modération (Politis, Reporterre, janvier 2024).

« Pour ces adultes-là, l'exécutif demande une grande modération aux forces de l'ordre. Pour les gamins, aucune retenue. »
🛡️ Sécurité & justicePolitis, 01/2024 — Crise agricole : le « deux poids deux mesures » assumé du gouvernement ↗Reporterre — Incendies, destructions : pourquoi Darmanin laisse faire les agriculteurs ↗Le Parisien, 26/01/2024 — Agriculteurs en colère : après les violences, l'exécutif accusé de complaisance ↗
★💡 Idée-cléVérifié
Frapper les lycéens pour que la contestation ne gagne pas les étudiants puis les ouvriers : Viktorovitch décrit une logique d'arrêt à la source
→ Visé :RenaissanceGérald Darmanin

Il avance deux raisons à l'écart de traitement. La première est électorale : Gérald Darmanin, qui se voyait alors candidat à la présidentielle, avait besoin du vote rural, très lié aux agriculteurs. La seconde est stratégique : un mouvement de jeunes peut s'étendre, et il est plus facile de réprimer des mineurs que des manifestants en tracteur. D'où sa formule d'un État « faible avec les forts et cruel avec les faibles ».

« on sait que quand les lycéens se mobilisent, souvent derrière c'est les étudiants et quand c'est les étudiants, parfois derrière c'est les ouvriers et quand c'est les ouvriers, parfois après c'est euh la RATP, la SNCF et quand c'est la RATP et la SNCF, si on laisse faire, ça peut être tout le monde. Autant mater le mouvement à son origine, à sa source, en son cœur. »
🛡️ Sécurité & justice
★💡 Idée-cléVérifié
Traiter différemment deux cas comparables, c'est l'arbitraire, contre lequel la République s'est fondée, rappelle Viktorovitch

Le chroniqueur rappelle que la Bastille, presque vide le 14 juillet 1789, était le symbole des lettres de cachet, qui permettaient au roi d'emprisonner qui il voulait. Il en conclut que l'État qui ne traite plus ses citoyens également n'est « plus un État de droit », et y voit ce qu'il appelle une « logocratie » : un pouvoir dont la parole contredit le réel sans être contredite.

« Le contraire de l'arbitraire, c'est l'État de droit. Un État qui se soumet aux règles qu'il a lui-même édictées. On a fondé toute notre culture politique, toute notre culture républicaine sur le rejet de l'arbitraire de l'État et sur le respect de l'État de droit. »
🏛️ Institutions & démocratie