OLIVIER BESANCENOT : "LES COLÈRES VONT SE CRISTALLISER"
Olivier Besancenot était l'invité de « C ce soir » sur France 5 le soir du mardi 6 octobre 2026, jour de mobilisation lycéenne et étudiante, qu'il venait de passer dans le cortège. Ces quatorze minutes de l'émission ont été publiées le 9 octobre sur la chaîne du NPA-l'Anticapitaliste. D'autres invités et l'animatrice interviennent, parfois pour le contredire ; seules les réponses de Besancenot sont analysées. Ses arguments sur les moyens de l'école et le maintien de l'ordre avaient déjà été instruits lors de son passage sur BFMTV du 29 septembre : on retient ici ce qu'il ajoute.
Il emprunte à Hannah Arendt la notion de désolation, cet isolement qui, dans Les Origines du totalitarisme, prépare le terrain aux régimes autoritaires, et qu'il distingue du simple individualisme. Le cortège devient alors autre chose qu'une revendication : un remède collectif à l'atomisation, qu'il oppose dès l'ouverture au « climat politique social moribond » du pays.
« C'est plus que le chacun pour soi. Ça c'est une réponse concrète à la désolation. Ce qu'on vit là en ce moment, c'est une réponse concrète à la désolation. »
Au-delà du manque de moyens, Besancenot décrit un mécanisme : faute d'autres institutions debout, on charge l'école des problèmes sociaux, sanitaires et psychologiques. Il la compare à un climatiseur sommé de faire baisser la température jusqu'à ce qu'il lâche, et y ajoute le « conflit de valeur » d'enseignants réduits à remplir des grilles d'évaluation.
« on réclame à l'école tout maintenant parce que comme on vit dans une société qui est en crise globale sur à peu près tous les sujets qu'est-ce qui reste ? On se dit il reste l'école. Alors, faut que l'école règle tous les problèmes »
Les revendications sont scolaires (taux d'encadrement, élèves par classe, infirmières, enseignants), mais le seul interlocuteur visible est le ministère de l'Intérieur. Il prête aux lycéens la volonté de ne pas se laisser enfermer dans un face-à-face avec la police, et dit ne plus comprendre la stratégie du pouvoir, sinon celle d'envoyer le ministre annoncer qu'il n'y aura « pas de retenue des forces de l'ordre ».
« logiquement, on pourrait imaginer qu'il y a un ministère de l'éducation nationale et que ça soit lui qui soit en poupe. C'est pas le cas. »
Le fond est confirmé : au 8 octobre, le ministère de la Justice comptait 6 877 gardes à vue depuis la semaine du 21 septembre, dont 86 % de mineurs, quand un document parlementaire en recense 6 736 pour tout le mouvement des Gilets jaunes, de novembre 2018 à septembre 2019 (franceinfo, 14/10/2026). La réserve porte sur la cadence : « 5 000 en une semaine » resserre en une semaine ce qui s'est étalé sur deux. Côté Gilets jaunes, Christophe Castaner comptait 8 400 interpellations en février 2019, trois mois après le début.
« Je précise que sur l'ensemble du mouvement des gilets jaunes, il y a eu un peu plus de 10000 interpellations sur l'ensemble du mouvement. Là, c'était 5000 en une semaine. »
Le précédent est exact : le 3 mai 1968, la police évacue la cour de la Sorbonne, et la grève générale s'étend à partir du 13 mai. Mais ce n'est pas la dernière intervention : les CRS ont évacué la Sorbonne occupée dans la nuit du 10 au 11 mars 2006, pendant le mouvement contre le CPE, puis le 12 avril 2018, sans grève générale à la suite. L'avertissement au gouvernement, qui est le propos, garde sa force ; le rappel historique en a moins qu'il ne le dit.
« Je rappelle que dans l'histoire longue de notre pays, la dernière fois que les CRS ont mis les pieds à la Sorbonne, il y a une grève générale derrière, c'était en mai 68. »
Il décrit l'effet ordinaire d'une campagne : tous les camps répètent que « c'est là que ça va se passer », et la rue se tait. Il y oppose une « génération politique », marquée par l'écologie, le féminisme et les mobilisations des quartiers populaires, qui viendrait « perturber le jeu politique classique » à quelques mois de la présidentielle de 2027.
« Une campagne électorale en général ça tendance à comme une chape de plomb à tomber sur toute forme de contestation de mobilisation de revendication parce que ça se passe dans le jeu institutionnel »
Répondant à un autre invité qui voit une jeunesse qui « ne demande qu'à s'enflammer », il retourne l'accusation d'instrumentalisation : un mouvement qui échappe aux partis est la preuve qu'il est démocratique. Il moque la lecture qui voit des « marionnettes » dont on tirerait les fils, et appelle seulement les organisations de gauche à se mettre à disposition des lycéens face à la répression.
« Moi je crois à l'émancipation, c'est-à-dire une société qui s'organise démocratiquement. Donc une société qui s'organise démocratiquement, ça veut dire que par nature le mouvement échappe à tout contrôle de tel ou tel courant »