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Monsieur Mélenchon, du PS au PG (documentaire)

▶️ Vidéo YouTubeMédiaJean-Luc Mélenchon2 janvier 2013

Un documentaire de trente-cinq minutes de la rédaction Télétoc, mis en ligne en 2013 par la chaîne Observatoire Citoyen. Fin octobre 2008, l'équipe décide de suivre un dirigeant du Parti socialiste pendant le congrès de Reims : Jean-Luc Mélenchon, alors sénateur de l'Essonne et signataire de la motion de la gauche du parti, conduite par Benoît Hamon. Elle se retrouve témoin de son départ du PS, au soir du vote des militants, puis suit la création du Parti de gauche et la campagne du Front de gauche jusqu'aux européennes du 7 juin 2009. Mélenchon prévient d'emblée qu'il est « un guide engagé ». Les cartes rapportent ce qu'il disait alors du fonctionnement du PS : c'est un témoignage de 2008-2009, à lire comme tel, et non sa position d'aujourd'hui. Le commentaire du documentaire sert de contexte ; seule la parole de Mélenchon est analysée.

14 analyses
💡 Idée-cléVérifié
La gauche socialiste des années 1990 a choisi de peser de l'intérieur, une stratégie qui « payait » sous Jospin
Propos de :Jean-Luc Mélenchon

Fondée avec Julien Dray en 1988 (la Nouvelle École socialiste, rebaptisée Gauche socialiste en 1990 avec Marie-Noëlle Lienemann), sa tendance passe des grèves et des manifestations aux jeux d'appareil, faute de résultats internes. Avec Lionel Jospin, « très carré », un accord conclu était tenu, d'où la participation au gouvernement : Mélenchon devient ministre délégué à l'Enseignement professionnel en 2000, et non en 1998 comme il le dit.

« La ligne, c'est on pressionne de l'intérieur parce que à l'époque ça paye. »
🏛️ Institutions & démocratie
⚔️ CritiqueVérifié
Après le 21 avril 2002, Mélenchon accuse les dirigeants du PS d'avoir sacrifié Jospin pour ne rien changer
Propos de :Jean-Luc Mélenchon→ Visé :Parti socialiste

Il lit l'élimination de Jospin (16,2 %) derrière Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen comme le signe qu'un mouvement profond du pays est passé à côté du parti, « au lieu d'être en phase, a été en travers ». La réponse de la direction a été l'unité, c'est-à-dire la reconduction des mêmes : c'est à ce moment qu'il s'allie à Henri Emmanuelli pour présenter une alternative de gauche.

« Jospin c'est la victime expiatoire. Tous ces chefs se mettent d'accord entre eux pour dire surtout on touche à rien. »
🏛️ Institutions & démocratie
★⚔️ CritiqueVérifié
« Le parti a travaillé mais eux n'ont rien foutu » : Mélenchon charge la direction Hollande
Propos de :Jean-Luc Mélenchon→ Visé :Parti socialisteFrançois Hollande

Au congrès de Dijon, en 2003, la gauche du parti échoue et François Hollande reste premier secrétaire ; Mélenchon pense qu'elle aurait épargné au PS « dix ans de néant balbutiant ». Quand les dirigeants regrettent en 2008 que le parti n'ait « pas travaillé », il retourne le reproche : conventions annuelles, programmes législatifs, projets — la base a produit, ce sont les chefs qui n'ont rien lu.

« Le parti a travaillé mais eux n'ont rien foutu. C'est ça la vérité. Ils s'intéressent à rien, ils lisent des notes de leurs assistants, ils lisent pas de livre »
🏛️ Institutions & démocratie
💡 Idée-cléVérifié
2005 : le « non » l'emporte, et le PS écarte ceux qui l'ont défendu
Propos de :Jean-Luc Mélenchon→ Visé :Parti socialiste

Contre la consigne du parti, il fait campagne pour le « non » au traité constitutionnel européen avec communistes et trotskistes ; le 29 mai 2005, le non gagne avec 54,7 %. C'est l'un des « deux ou trois » moments où il dit avoir vu le peuple investir la politique en masse, avec 1968 et l'Union de la gauche. Mais les socialistes partisans du non sont écartés de la direction, puis rappelés à la discipline au congrès suivant : il y voit un « encéphalogramme plat ».

« C'est la magie de l'action populaire de masse. Le peuple quand il veut, il emporte tout. »
🌍 Europe & international
🧭 ContexteVérifié
Congrès de Reims, 2008 : pour la première fois, toute la gauche du PS signe une seule motion
Propos de :Jean-Luc MélenchonMentionné :Parti socialisteSégolène Royal

L'« éternelle majorité » s'est divisée en trois motions, celles de Ségolène Royal, Bertrand Delanoë et Martine Aubry ; la gauche du parti se range derrière Benoît Hamon. Mélenchon le dit : « normalement si c'était rationnel on devrait gagner ». Le vote du 6 novembre 2008 donne 29,1 % à Royal, 25,2 % à Delanoë, 24,3 % à Aubry et 18,5 % à Hamon. Pour lui, l'enjeu est inédit : c'est la première fois que le premier secrétaire sortant n'a pas désigné de successeur.

« Et le 4è, c'est la motion de gauche pour la première fois. C'est un fait historique. La motion de gauche, tout le monde est dedans. »
🏛️ Institutions & démocratieUniversalis — 6-25 novembre 2008 : élection de Martine Aubry à la tête du Parti socialiste ↗
⚔️ CritiqueVérifié
L'élection du premier secrétaire au suffrage direct, une « diablerie » qui « présidentialise » et « pipolise » le PS
Propos de :Jean-Luc Mélenchon→ Visé :Parti socialiste

Il oppose cette règle à la tradition de la « synthèse », où la motion arrivée en tête propose un accord aux autres. Le risque qu'il décrit — une majorité de congrès et un premier secrétaire élu à part — s'est réalisé : arrivée en tête des motions, Ségolène Royal a perdu le vote des adhérents face à Martine Aubry, battue de 102 voix après recomptage.

« on a inventé une diablerie pour terminer de présidentialiser ce parti et de le pipoliser qui est l'élection du premier secrétaire au suffrage universel après le Congrès. »
🏛️ Institutions & démocratieUniversalis — 6-25 novembre 2008 : élection de Martine Aubry à la tête du Parti socialiste ↗
★💡 Idée-cléVérifié
« On n'adhère pas au Parti socialiste pour militer dans le parti » : Mélenchon décrit un parti refermé sur lui-même
Propos de :Jean-Luc Mélenchon

Il décrit un glissement : le militant d'hier allait dehors « convaincre le gars qui a rien compris, la fille qui est paumée », leur expliquer « la droite, la gauche, le capital, le travail » ; celui d'aujourd'hui milite pour sa motion. La même journée, il reçoit des syndicalistes de la cristallerie d'Arques menacés de licenciement, avant de défendre sa motion devant une section du parti.

« Maintenant, on a un peu l'impression que la seule chose qui compte, le seul endroit où on milite, c'est dans le parti. C'est absurde. On n'adhère pas au Parti socialiste pour militer dans le parti. »
🏛️ Institutions & démocratie
★💡 Idée-cléVérifié
Face à la crise de 2008, Mélenchon plaide pour « partager » et un « bouclier social » plutôt que de vagues promesses de gauche
Propos de :Jean-Luc Mélenchon

Devant les militants du Pas-de-Calais, début novembre 2008, deux mois après la faillite de Lehman Brothers, il annonce que la crise financière va gagner le social puis le politique. Il raille les ralliements de dernière minute : des camarades « vrais blairistes il y a encore quelques mois » qui se découvrent de gauche, quand sa motion est, dit-il, la seule à le dire « aussi franchement ».

« Si on veut soigner l'économie de ce pays, il faut partager, mettre un bouclier social qui permet de protéger de la déferlante qui va passer de la sphère économique à la sphère sociale et à la sphère politique. »
💶 Économie & fiscalité
★💡 Idée-cléVérifié
Avant le vote, Mélenchon se sait au pied du mur : rester en faisant semblant, ou partir
Propos de :Jean-Luc Mélenchon

Il dit supporter « de plus en plus mal le côté comédie » et se demande s'il peut, une fois de plus, revenir comme si de rien n'était. L'enjeu le dépasse : « une crise majeure du capitalisme » et un parti occupé à ses équilibres. Il n'en tient pas moins au parti comme lien social : dans sa section de Massy, où il milite depuis 1978, il décrit des générations qui s'y rencontrent et y entrent l'une après l'autre.

« C'est la première fois que je fais comme ça un congrès où j'ai l'impression d'aller à une mise au pied du mur de moi, pas des autres. »
🏛️ Institutions & démocratie
💬 CitationVérifié
Au soir de la victoire de la motion Royal, Mélenchon concède : « son orientation est pas un mystère »
Propos de :Jean-Luc MélenchonMentionné :Parti socialisteSégolène Royal

Il juge le score de la gauche du parti « pas cher payé » pour l'énergie dépensée, mais reconnaît une logique au résultat. Il refuse en revanche le « tout sauf Ségolène » qu'il voit venir chez ses rivaux pour la suite : ce n'est pas, dit-il, une ligne politique.

« Ça a été la candidate du Parti socialiste. Son orientation est pas un mystère. Elle ne s'en est jamais caché. Elle au moins hein. Il faut être fairplay. »
🏛️ Institutions & démocratie
★⚔️ CritiqueVérifié
« Moi je tourne la page » : Mélenchon quitte le PS, devenu selon lui majoritairement favorable à l'alliance avec le centre
Propos de :Jean-Luc Mélenchon→ Visé :Parti socialisteSégolène Royal

La décision se prend devant la caméra, vers deux heures du matin : « c'est pas avec ça qu'on va répondre à l'énergie populaire qui est disponible dans ce pays ». Il annonce son départ le 7 novembre 2008, en dénonçant la « dérive centriste » de la motion Royal, qui envisageait une alliance avec le MoDem. Il fonde dans la foulée le Parti de gauche avec Marc Dolez.

« la leçon politique, c'est que Primo, l'ancienne majorité est restée majoritaire. [...] À l'intérieur de cette majorité, ce qui est devenu majoritaire, c'est l'orientation favorable à alliance avec le centre. »
🏛️ Institutions & démocratieUniversalis — France, l'année politique 2008 : une gauche déchirée ↗
💬 CitationVérifié
En 2009, Mélenchon refuse le « match » que les médias organisent entre lui et Besancenot
Propos de :Jean-Luc MélenchonMentionné :Nouveau Parti anticapitalisteOlivier Besancenot

Le NPA a refusé de rejoindre le Front de gauche pour les européennes, et les deux listes passent pour concurrentes. Mélenchon y voit une « trouvaille médiatique » pour rendre lisible une campagne où personne ne débat : les chaînes rangent les listes en paquets, PS-UMP, écologistes-centristes, NPA-Front de gauche. Le 7 juin 2009, le Front de gauche obtiendra 6,5 % des voix, le NPA 4,9 %.

« Je n'accepte pas ce cadre. Monsieur Besancenot n'est pas mon adversaire. Je ne suis pas un match dans le match. »
🏛️ Institutions & démocratie
💡 Idée-cléVérifié
En campagne, le service public cesse d'être un thème pour devenir des mains et 150 euros de salaire perdus
Propos de :Jean-Luc Mélenchon

Il oppose les « problèmes généraux » découpés par les programmes — la santé, l'éducation — à leur incarnation sur le terrain : les infirmières d'un hôpital qui va fermer, des grévistes pour qui défendre le service public coûte 150 euros par jour, à rebours du cliché de « la grève par plaisir ». C'est de là, dit-il, que vient la force de faire campagne.

« C'est-à-dire un thème qui était abstrait devient tout d'un coup un thème physique. »
🛠️ Travail & retraites
★✅ VérificationPlutôt vraiVérifié
Européennes 2009 : le Front de gauche finit bien cinquième et devant le FN, mais d'une courte tête et en comptant ses alliés d'outre-mer
Propos de :Jean-Luc Mélenchon

Le résultat définitif le confirme : 6,48 % pour le Front de gauche, cinquième derrière l'UMP (27,9 %), le PS (16,5 %), Europe Écologie (16,3 %) et le MoDem (8,5 %), et devant le Front national (6,34 %). Mais l'avance tient à l'Alliance des Outre-mers, comptée avec lui : seul, le Front de gauche fait 6,05 %, sous le FN. Mélenchon est élu député européen dans le Sud-Ouest. Il présente la « méthode » : « marier identité et unité », et la rupture avec le capitalisme.

« le score que pour l'instant on nous attribue nous place en 5e position et j'estime que symboliquement ça a un sens qui pour nous en tout cas de gauche a un très grand impact nous place en tout cas devant le Front National »
🏛️ Institutions & démocratieWikipédia — Élections européennes de 2009 en France ↗