Monsieur Mélenchon, du PS au PG (documentaire)
Un documentaire de trente-cinq minutes de la rédaction Télétoc, mis en ligne en 2013 par la chaîne Observatoire Citoyen. Fin octobre 2008, l'équipe décide de suivre un dirigeant du Parti socialiste pendant le congrès de Reims : Jean-Luc Mélenchon, alors sénateur de l'Essonne et signataire de la motion de la gauche du parti, conduite par Benoît Hamon. Elle se retrouve témoin de son départ du PS, au soir du vote des militants, puis suit la création du Parti de gauche et la campagne du Front de gauche jusqu'aux européennes du 7 juin 2009. Mélenchon prévient d'emblée qu'il est « un guide engagé ». Les cartes rapportent ce qu'il disait alors du fonctionnement du PS : c'est un témoignage de 2008-2009, à lire comme tel, et non sa position d'aujourd'hui. Le commentaire du documentaire sert de contexte ; seule la parole de Mélenchon est analysée.
Fondée avec Julien Dray en 1988 (la Nouvelle École socialiste, rebaptisée Gauche socialiste en 1990 avec Marie-Noëlle Lienemann), sa tendance passe des grèves et des manifestations aux jeux d'appareil, faute de résultats internes. Avec Lionel Jospin, « très carré », un accord conclu était tenu, d'où la participation au gouvernement : Mélenchon devient ministre délégué à l'Enseignement professionnel en 2000, et non en 1998 comme il le dit.
« La ligne, c'est on pressionne de l'intérieur parce que à l'époque ça paye. »
Il lit l'élimination de Jospin (16,2 %) derrière Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen comme le signe qu'un mouvement profond du pays est passé à côté du parti, « au lieu d'être en phase, a été en travers ». La réponse de la direction a été l'unité, c'est-à-dire la reconduction des mêmes : c'est à ce moment qu'il s'allie à Henri Emmanuelli pour présenter une alternative de gauche.
« Jospin c'est la victime expiatoire. Tous ces chefs se mettent d'accord entre eux pour dire surtout on touche à rien. »
Au congrès de Dijon, en 2003, la gauche du parti échoue et François Hollande reste premier secrétaire ; Mélenchon pense qu'elle aurait épargné au PS « dix ans de néant balbutiant ». Quand les dirigeants regrettent en 2008 que le parti n'ait « pas travaillé », il retourne le reproche : conventions annuelles, programmes législatifs, projets — la base a produit, ce sont les chefs qui n'ont rien lu.
« Le parti a travaillé mais eux n'ont rien foutu. C'est ça la vérité. Ils s'intéressent à rien, ils lisent des notes de leurs assistants, ils lisent pas de livre »
Contre la consigne du parti, il fait campagne pour le « non » au traité constitutionnel européen avec communistes et trotskistes ; le 29 mai 2005, le non gagne avec 54,7 %. C'est l'un des « deux ou trois » moments où il dit avoir vu le peuple investir la politique en masse, avec 1968 et l'Union de la gauche. Mais les socialistes partisans du non sont écartés de la direction, puis rappelés à la discipline au congrès suivant : il y voit un « encéphalogramme plat ».
« C'est la magie de l'action populaire de masse. Le peuple quand il veut, il emporte tout. »
L'« éternelle majorité » s'est divisée en trois motions, celles de Ségolène Royal, Bertrand Delanoë et Martine Aubry ; la gauche du parti se range derrière Benoît Hamon. Mélenchon le dit : « normalement si c'était rationnel on devrait gagner ». Le vote du 6 novembre 2008 donne 29,1 % à Royal, 25,2 % à Delanoë, 24,3 % à Aubry et 18,5 % à Hamon. Pour lui, l'enjeu est inédit : c'est la première fois que le premier secrétaire sortant n'a pas désigné de successeur.
« Et le 4è, c'est la motion de gauche pour la première fois. C'est un fait historique. La motion de gauche, tout le monde est dedans. »
Il oppose cette règle à la tradition de la « synthèse », où la motion arrivée en tête propose un accord aux autres. Le risque qu'il décrit — une majorité de congrès et un premier secrétaire élu à part — s'est réalisé : arrivée en tête des motions, Ségolène Royal a perdu le vote des adhérents face à Martine Aubry, battue de 102 voix après recomptage.
« on a inventé une diablerie pour terminer de présidentialiser ce parti et de le pipoliser qui est l'élection du premier secrétaire au suffrage universel après le Congrès. »
Il décrit un glissement : le militant d'hier allait dehors « convaincre le gars qui a rien compris, la fille qui est paumée », leur expliquer « la droite, la gauche, le capital, le travail » ; celui d'aujourd'hui milite pour sa motion. La même journée, il reçoit des syndicalistes de la cristallerie d'Arques menacés de licenciement, avant de défendre sa motion devant une section du parti.
« Maintenant, on a un peu l'impression que la seule chose qui compte, le seul endroit où on milite, c'est dans le parti. C'est absurde. On n'adhère pas au Parti socialiste pour militer dans le parti. »
Il dit supporter « de plus en plus mal le côté comédie » et se demande s'il peut, une fois de plus, revenir comme si de rien n'était. L'enjeu le dépasse : « une crise majeure du capitalisme » et un parti occupé à ses équilibres. Il n'en tient pas moins au parti comme lien social : dans sa section de Massy, où il milite depuis 1978, il décrit des générations qui s'y rencontrent et y entrent l'une après l'autre.
« C'est la première fois que je fais comme ça un congrès où j'ai l'impression d'aller à une mise au pied du mur de moi, pas des autres. »
Il juge le score de la gauche du parti « pas cher payé » pour l'énergie dépensée, mais reconnaît une logique au résultat. Il refuse en revanche le « tout sauf Ségolène » qu'il voit venir chez ses rivaux pour la suite : ce n'est pas, dit-il, une ligne politique.
« Ça a été la candidate du Parti socialiste. Son orientation est pas un mystère. Elle ne s'en est jamais caché. Elle au moins hein. Il faut être fairplay. »
La décision se prend devant la caméra, vers deux heures du matin : « c'est pas avec ça qu'on va répondre à l'énergie populaire qui est disponible dans ce pays ». Il annonce son départ le 7 novembre 2008, en dénonçant la « dérive centriste » de la motion Royal, qui envisageait une alliance avec le MoDem. Il fonde dans la foulée le Parti de gauche avec Marc Dolez.
« la leçon politique, c'est que Primo, l'ancienne majorité est restée majoritaire. [...] À l'intérieur de cette majorité, ce qui est devenu majoritaire, c'est l'orientation favorable à alliance avec le centre. »
Le NPA a refusé de rejoindre le Front de gauche pour les européennes, et les deux listes passent pour concurrentes. Mélenchon y voit une « trouvaille médiatique » pour rendre lisible une campagne où personne ne débat : les chaînes rangent les listes en paquets, PS-UMP, écologistes-centristes, NPA-Front de gauche. Le 7 juin 2009, le Front de gauche obtiendra 6,5 % des voix, le NPA 4,9 %.
« Je n'accepte pas ce cadre. Monsieur Besancenot n'est pas mon adversaire. Je ne suis pas un match dans le match. »
Il oppose les « problèmes généraux » découpés par les programmes — la santé, l'éducation — à leur incarnation sur le terrain : les infirmières d'un hôpital qui va fermer, des grévistes pour qui défendre le service public coûte 150 euros par jour, à rebours du cliché de « la grève par plaisir ». C'est de là, dit-il, que vient la force de faire campagne.
« C'est-à-dire un thème qui était abstrait devient tout d'un coup un thème physique. »
Le résultat définitif le confirme : 6,48 % pour le Front de gauche, cinquième derrière l'UMP (27,9 %), le PS (16,5 %), Europe Écologie (16,3 %) et le MoDem (8,5 %), et devant le Front national (6,34 %). Mais l'avance tient à l'Alliance des Outre-mers, comptée avec lui : seul, le Front de gauche fait 6,05 %, sous le FN. Mélenchon est élu député européen dans le Sud-Ouest. Il présente la « méthode » : « marier identité et unité », et la rupture avec le capitalisme.
« le score que pour l'instant on nous attribue nous place en 5e position et j'estime que symboliquement ça a un sens qui pour nous en tout cas de gauche a un très grand impact nous place en tout cas devant le Front National »