LA JEUNESSE PEUT FAIRE BASCULER LA PRÉSIDENTIELLE (ET LES MÉDIAS LE SAVENT)
Émission « Propaganda » de Blast (31 min), mise en ligne la veille de la journée de mobilisation du 17 octobre. Deux animateurs y décryptent sur un ton très ironique le grand plateau de LCI du 8 octobre consacré au mouvement lycéen, animé par David Pujadas, avant deux rubriques plus courtes : la résolution du RN pour le Panthéon débattue à l'Assemblée le même jour, et la victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire « Choisir 2027 ». Le transcript enchaîne sans aucune marque les extraits du plateau et les commentaires des animateurs : les propos des invités cités ici sont ceux que la chronique critique, jamais les siens.
Sur le plateau de LCI du 8 octobre, un lycéen mobilisé conclut par un appel à s'inscrire sur les listes et à voter Jean-Luc Mélenchon ; l'animateur y voit un masque qui tombe. Propaganda retourne la remarque : sur un mouvement politique, à six mois d'une présidentielle, faire de la politique n'a rien d'un aveu.
« Voilà comment Pujadas appelle ça, quand un invité fait de la politique dans une émission politique. Démasqué. »
La chronique relève deux réponses opposées en apparence et identiques dans leur effet : complimenter l'éloquence d'un lycéen qui vient d'analyser le champ électoral, ou le juger agressif quand il contredit. Dans les deux cas, on commente la forme pour ne pas répondre au fond.
« Les jeunes posent une question de société, on leur répond qu'ils sont mal élevés. Ils font de la politique, on leur répond qu'ils parlent bien. »
Propaganda montre que chaque fois que le débat touchait aux revendications — financement de l'école dans le budget, mesures de long terme, rôle émancipateur de l'école —, il revenait à la question préalable « condamnez-vous les violences ? ». Le temps d'antenne passe à cette condamnation, et le fond n'est jamais abordé.
« Pour parler du mouvement lycéen, il faut d'abord condamner. Et puis pour le reste, euh, ben, ben, il y a plus le temps. »
La chronique répond à un professeur venu dire sur le plateau que « la violence n'est jamais légitime » : la notion de légitimité sert précisément à qualifier une violence acceptable, et elle est réservée à celle de la police. Un participant mobilisé le relève sur le plateau : on lui demande mille fois de condamner, jamais aux policiers.
« La violence n'est jamais légitime. Mais la légitimité ne peut servir à rien d'autre qu'à justifier la violence, c'est son unique fonction. »
Une riveraine invitée pour critiquer le mouvement observe que les commerces dégradés près de chez elle étaient des agences d'intérim, pas les boulangers ni les coiffeurs ; on l'écoute. Le lycéen qui défend le mouvement, lui, se voit reprocher de crier, puis n'est plus écouté une fois excusé.
« Cette parole-là, c'était une parole d'adulte, une parole autorisée et une parole de quasi-victime. Mais El One, lui, n'est rien de tout ça. »
Face à un lycéen qui se dit « concerné », la philosophe Bérénice Levet oppose son doctorat et déclare que sa « seule légitimité » est d'être « possesseur du savoir ». Propaganda y lit le mécanisme décrit en philosophie sous le nom d'injustice épistémique : le même savoir de terrain compte comme expertise chez l'un et comme simple vécu chez l'autre.
« Le policier parle du terrain et c'est de l'expérience professionnelle. Le rappeur parle du terrain et c'est du vécu. C'est très exactement ça la discrimination épistémique. »
Bérénice Levet définit la mission du professeur comme la transmission de « l'héritage des siècles passés » et revendique « une verticalité complète, une hiérarchie ». La chronique y voit une conception purement conservatrice qui nie le rôle émancipateur et critique de l'éducation, et un rapport de soumission justifié au nom du savoir.
« Or dans une société démocratique, le savoir ne doit pas donner du pouvoir, il doit servir à construire le débat public pour que tous aient accès aux informations essentielles pour la décision publique. »
Un psychologue invité qualifie les dégradations de « haine » et non de violence contre une injustice, et prescrit aux jeunes d'« apprendre la frustration » et aux adultes plus de verticalité. Propaganda objecte que le mouvement naît justement d'une expérience de la frustration, et que le psychologue ne propose rien à l'élève pour qui l'adulte n'est plus une référence.
« Ce psy ramène un mouvement social avec des contestations politiques et philosophiques fondamentales à la crise d'un ado enfant-roi. »
La chronique rassemble ses observations : à l'approche du budget et de la convergence des luttes annoncée pour le 17 octobre, le plateau requalifie les revendications en caprices d'« enfants-rois » et le mouvement en violence noyautée par LFI. Elle y voit un dispositif de disqualification, pendant médiatique du maintien de l'ordre.
« Après la police, l'organe de répression des corps dans la rue, il y a l'organe de répression des esprits. Répression morale par une pseudo-philosophie de l'éducation, répression psychique par de la pseudo-psychologie. »
Annoncé comme un lieu où « les Français se parlent », le plateau n'a selon Propaganda produit qu'une discussion stérile sur la violence. La chronique note pourtant que deux invitées placées côté anti-lycéens, la riveraine et une mère de famille, ont fini par recontextualiser le vécu des lycéens : ce sont les participants qui ont démenti la désunion mise en scène.
« Ce plateau n'a servi qu'à produire la preuve que les Français ne se parlent pas. 2h40 pour fabriquer les deux France qu'on prétend réconcilier. »
Le 8 octobre, journée réservée au RN à l'Assemblée, son groupe propose une résolution, déposée par Jean-Philippe Tanguy, pour soutenir l'entrée au Panthéon d'Olympe de Gouges, de l'abbé de l'Épée et de Zéna M'Déré ; la gauche y voit une récupération. Le président du groupe communiste répond en rappelant Jean Moulin et Missak Manouchian. La résolution est rejetée (158 voix contre 133, scrutin n° 8612).
« Je dois vous dire qu'on a surtout versé notre sang pour la patrie et que le seul sang qu'on a sur les mains, c'est du sang de nazi et c'est le sang de vos ancêtres qui étaient des collabos. »
Exact. Selon les résultats rapportés par Public Sénat le 11 octobre 2026, Raphaël Glucksmann remporte « Choisir 2027 », la primaire du PS, de Place publique et de la GRS, dès le premier tour avec 66,17 % des voix, soit 79 613 suffrages sur 120 787 votants, loin devant Olivier Faure (14,5 %). Le vote coûtait bien 15 € aux non-adhérents. La chronique en tire une primaire « auto-produite » : c'était pourtant aussi celle du Parti socialiste, dont le premier secrétaire était candidat.
« Et oui, Raphaël Glucksmann a été choisi par la primaire social-démocrate dès le 1er tour, plus de 66 % des voix. Ouais, tu te rends compte, près de 80000 voix. »