17/10 : LA MACRONIE EN PANIQUE FACE AU PEUPLE EN LUTTE !!
Chronique de 41 minutes tenue par Zoé et Chris (La Brèche), publiée deux jours après la journée de mobilisation contre la vie chère du samedi 17 octobre 2026 : 550 000 manifestants selon le ministère de l'Intérieur, 800 000 selon les organisateurs, et une journée terminée par des pillages et par l'incendie de l'hôtel de ville de Limoges. Les animateurs commentent des extraits d'entretiens de Sébastien Lecornu et de Laurent Nuñez, puis un tweet de Jean-Luc Mélenchon : ces extraits figurent dans le transcript sans aucune marque, et les cartes ne citent que les réponses des animateurs. Zoé, médecin, y parle aussi de ce qu'elle voit à l'hôpital. Le ton est militant et favorable à LFI, ce qui n'empêche pas une critique appuyée de sa communication au lendemain de la journée.
La position avait été prise pour le mouvement lycéen, elle est tenue ici pour une journée plus confuse, où les colères se mêlent. Chris en donne le mécanisme : le pouvoir zoome sur la violence pour séparer le mouvement entre bons et mauvais manifestants, et toute la chronique répond à ce cadrage plutôt qu'aux images de pillage.
« nous nous refusions le cadrage même de parler ou non des violences en manifestation car il faut surtout parler des revendications et que c'est notre tâche à gauche ce que les médias ne vont évidemment pas faire. »
Il refuse deux lectures : « c'est la révolution, demain on entre à l'Élysée », et « rentrez chez vous, les élections vont bien se passer ». La situation serait débordante et incontrôlable, et il lui faut un débouché politique, qu'il précise à 09:00 : pas seulement électoral, mais la capacité des masses à reprendre la main là où le pouvoir « ne peut plus ».
« la situation qui a été produite depuis 40 ans est une situation où on a 1000 couvercles sur une marmite qui était en train de monter en température et de bouillir. Là aujourd'hui, ça bout, vous pouvez mettre toute la pression que vous voulez sur le couvercle, ça va sortir. »
Les sections de La Brèche rapportent la même chose de Paris, Lyon, Brest ou Marseille. Dans la ville de son enfance, Zoé dit n'avoir jamais vu les quartiers populaires dans une manifestation. Des lycéens lui ont dit que beaucoup de leurs amis n'étaient pas venus parce que leurs parents craignaient la police : la mobilisation aurait pu être plus grande encore.
« ce n'étaient pas les profils habituels qu'on voit dans nos manifes syndicales, qu'on fait depuis des décennies, hein, pour nous ici. des profils globalement plus jeunes, plus racisés, beaucoup de gens pour qui c'était les premières manifes »
Elle parle d'un métier « en première ligne » pour voir le logement, le travail et l'intimité des gens. Son explication de la colère tient à une addition : des prix qui montent pendant que les services publics se dégradent. Quand il n'y a plus de marge, le moindre surcoût fait basculer des conditions de vie qu'elle dit devenues « indignes ».
« je vois une accélération de la précarisation ces derniers mois qui est massive et notamment avec l'augmentation des denrées alimentaires, de l'accès à l'énergie, le gaz est en train d'exploser, l'essence a explosé et là vraiment on est dans une situation où c'était très tendu depuis des années et là ça craque parce qu'il n'y a plus de marge. »
Il compare au 10 septembre 2025, où 90 % des forces étaient mobilisées, et juge que le pouvoir a cette fois sous-dimensionné son dispositif pour laisser la situation dégénérer en ville. C'est une hypothèse, qu'il formule « à mon sens » et qu'il appuie seulement sur le calme observé en zone rurale ; rien, à ce stade, n'établit une telle intention. Coquerel pointait plutôt des ordres mal ciblés.
« Là où il y a des commerces très chers, là où il y a de la disparité sociale, où il y a des gens racisés pour que ça explose là-bas et que ce soit tranquille dans la France périphérique comme disent tous les racistes pour comment dire procéder à cette fascisation »
Elle dit sortir d'une semaine très dure, auprès de gens « qui en meurent » : la question posée au Premier ministre sur l'anticipation du 17 octobre lui est insupportable, quand « jamais ces chaînes de télé n'iront filmer le vieux monsieur ». La phrase de Lecornu, citée de mémoire, n'a pas été retrouvée telle quelle. Fin juin, le gouvernement était critiqué pour n'avoir « pas suffisamment anticipé », et il annonçait une cellule de crise et 30 000 climatiseurs pour les établissements de santé.
« Sébastien Lecornu l'été dernier pendant que nous étions dans des services où il faisait 40° avec des vieux monsieurs qui mangeaient leur propre merde d'accord déshydratés où nous n'avions pas les moyens de soigner où nous étions dans le plan blanc […] sur les télés des patients dans les chambres passait Sébastien Lecornu qui disait « Nous avons su anticiper. » »
La réponse vise un extrait où le Premier ministre promet de tout expliquer du maintien de l'ordre. Le mot « casseur » ne s'applique qu'à un camp, alors que la même grammaire décrirait aussi bien des blessures infligées par la police : nommer, c'est déjà désigner qui est violent. L'argument fait écho aux blessures de lycéens recensées pendant les trois semaines précédentes.
« c'est le dispositif du pouvoir d'utiliser ces mots-là. Pourquoi on n'appelle pas la police les arracheurs, les violenteurs, les casseurs de dents, les casseurs de bras, les arracheurs de main ? »
Lecornu venait de dire que la journée « ne ressemble pas aux précédentes » et qu'il y avait, malgré le travail des renseignements, une volonté « très organisée et très méthodique » de frapper fort. Zoé, qui dit n'avoir « aucun RG », rappelle que la date était connue depuis des semaines. Le décalage est mesuré : le gouvernement attendait environ 100 000 manifestants, l'Intérieur en a compté 550 000.
« Moi je savais, tout le monde savait que ça allait être une intensité massive cette journée. Tout le monde le savait. Ça fait 3 semaines que vous éborgnez des lycéens. Ça fait des années que vous dégradez les conditions de vie. »
Il lit dans l'« ultra-gauche avec un mode opératoire » de Lecornu et dans l'alarme de Nuñez la préparation de mesures d'état d'urgence. C'est une anticipation, pas l'annonce d'une procédure. Sa réponse n'est pas la modération mais l'organisation : être prêt à dire qu'interdire le débouché politique de huit à neuf millions d'électeurs serait sortir de la démocratie.
« Il va falloir se préparer au fait que demain ils peuvent interdire la France insoumise et ça ça demande de l'organisation. C'est pas avec des stratégies discursives ou des propos mesurés qui vont dans le cadrage qui sera toujours pour le centre, l'extrême centre comme on peut l'appeler et cetera, insuffisant. »
Le gouvernement Lecornu est dévoilé le dimanche 5 octobre 2025 au soir ; le Premier ministre remet sa démission le lendemain matin, environ quatorze heures plus tard selon Paris Match, treize selon Politis, et Emmanuel Macron le renomme le 10 octobre. « Au bout de 12 heures » arrondit à peine. Le second rappel tient aussi : aux législatives de 2024, le camp présidentiel est arrivé derrière le Nouveau Front populaire. « Illégitime » reste une qualification politique : la nomination, elle, est constitutionnelle.
« ce type-là je te rappelle que c'est quand même le type qui a démissionné au bout de 12 heures puis qui est revenu. Ce type est illégitime. Il est au pouvoir suite à des élections législatives qu'ils ont perdu. »
Dans l'extrait, le ministre de l'Intérieur dit voir dans les violences « un appel du pied » directement lié aux appels à manifester. D'où l'inutilité, pour les animateurs, de distinguer poliment casseurs et manifestants pacifiques : c'est l'appel qui est visé. Au ministre qui invoque la fatigue des policiers, ils répondent que c'est son dispositif, pas les manifestants, qui les épuise.
« pour Nuñez, le problème c'est le fait même d'appeler à la manifestation. »
La thèse est structurelle : des gens qui « crèvent la dalle » défilent devant des vitrines de luxe et reçoivent des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes. La dégénérescence ne relèverait d'aucune responsabilité individuelle, mais de la « clé même du monde hiérarchique et violent » produit par ces politiques. Zawa Prod en proposait la veille une lecture plus nuancée.
« Oui, il y a des gens, ils viennent manifester dans des quartiers où un sac vaut 1 an de leur salaire alors qu'ils travaillent 40 heures par semaine. Voilà, c'est ça la réalité de ce pays. C'est un pays qui vous gaze quand vous manifestez, qui violente vos enfants quand ils demandent des profs »
Les deux repères publics encadrent son chiffre : la Cour des comptes recensait 5,6 millions de personnes inscrites à l'aide alimentaire en juillet 2025, et la Direction générale de la cohésion sociale estime à 8 millions celles qui vivent dans un ménage déclarant des difficultés alimentaires pour raisons financières. Les tentes de sans-abri remplies de denrées et de couches pillées sont un témoignage rapporté par un militant parisien, appuyé sur ses photos.
« il y avait plein de denrées alimentaires qui avaient été prises dans les magasins et amenées dans ces tentes […] 7 millions de personnes dans ce pays ne peuvent pas se nourrir avec ce qu'il gagne. 7 millions, 7 de millions. »
Le Premier ministre opposait le camp de la République et des forces de l'ordre, qui « protègent les biens et les personnes », à ceux qui ont « un projet violent ». Chris y entend le « nous ne sommes pas dans le même camp » du préfet Lallement, lancé à une Gilet jaune en novembre 2019. Zoé retourne la formule : on protège les biens privés, pas l'hôpital ni l'école, une « République du privé par le privé pour le privé ».
« La République c'est nous, nous tous là, la population française, les casseurs c'est eux. C'est eux qui ont littéralement cassé le pays dans lequel nous vivons avec leur politique néolibérale depuis 40 ans. »
Elle précède le propos d'une réserve explicite : elle a « toujours peur » des incendies, parce qu'un feu au rez-de-chaussée peut tuer ceux qui vivent au-dessus, et elle dit ne pas appeler à en allumer. La hiérarchie qu'elle pose vise ce que montrent les télévisions, l'hôtel de ville en flammes, et ce qu'elles ne montrent pas.
« Évidemment que moi j'aimerais vivre dans un pays où on n'a pas besoin de cramer des trucs pour que les gens puissent vivre dignement en fait. Évidemment, mais une fois qu'on a dit ça, les bâtiments, ça se reconstruit, d'accord ? Les vies humaines, les gens morts de leur travail, les gens morts de la précarité, les familles détruites par l'alcool, par le chômage, par tout ça, par les conséquences concrètes de vos politiques. Ça ça se reconstruit pas. »
Le tweet, publié le soir du 17 octobre, imputait au « commandement aberrant » d'avoir ouvert la porte au chaos, ce que les animateurs approuvent, puis demandait à « ceux qui partagent notre combat » de se tenir à l'écart du pillage et du saccage. C'est ce second temps qu'ils contestent : les mots sont ceux du gouvernement, Lecornu a balayé le tweet, et Nuñez vise déjà le seul fait d'appeler à manifester. Zoé précise qu'ils ne demandent pas à LFI d'applaudir les incendies.
« On essaie de donner des gages à un pouvoir qui jamais ne vous acceptera. Là, vous essayez de rentrer dans des codes qui ne seront jamais suffisants »
Branco s'était félicité des cortèges qui avaient convergé vers l'Élysée et reprochait à LFI de s'en inquiéter. Zoé oppose à cette posture la liste de ce qu'il faut reconquérir : la monnaie, les services publics, les choix géopolitiques, et d'abord le refus d'une guerre contre la Chine ou la Russie. C'est pourquoi, dit-elle, personne ne demande à LFI d'imiter Branco.
« évidemment que c'est pas en rentrant à l'Élysée alors que Macron est à je sais pas quelle conférence à l'ONU et même s'il était dedans d'ailleurs, évidemment que c'est pas ça qui fait qu'on reprend les manettes du pays, qu'on reprend la souveraineté monétaire, qu'on reprend la possibilité d'investir dans des services publics de haute qualité »
Elle soupçonne un calcul électoral, récupérer la gauche modérée, au moment même où les classes populaires se radicalisent. Face à la BCE ou à Trump, même un programme « mou » rencontrera une résistance : autant qu'il change vraiment la vie. La critique vient d'un camp qui fait campagne pour LFI et le redit, parce que c'est selon elle le seul parti capable de « radicaliser l'élection ».
« Et nier que le rapport de force va être nécessaire même si vous êtes turbomou, vous allez vous prendre un rapport de force de zinzin dans la gueule. Donc quitte à y être, autant essayer de changer la vie des gens parce qu'en fait les gens vont trop mal dans ce pays. »