Notre budget 2027 : je réponds à Nicolas Doze
Vidéo de 25 minutes publiée sur la chaîne du député insoumis Éric Coquerel. Il y répond point par point à la critique que l'éditorialiste Nicolas Doze a faite sur LCI du contre-budget présenté le 14 octobre 2026 par La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon. La vidéo intercale des extraits de l'émission de Nicolas Doze, que le transcript ne distingue pas de la parole de Coquerel : seuls les propos de Coquerel sont cités ici. Les montants du contre-budget sont ceux qu'il annonce ; ils n'ont pas été recalculés.
Nicolas Doze reproche au contre-budget de frapper la production, l'investissement et l'innovation. Coquerel répond que l'essentiel des recettes revient sur les mesures fiscales prises depuis 2017 (flat tax, suppression de l'ISF, niches) et vise les dividendes, les rachats d'actions et les patrimoines logés dans des holdings, non le capital réinvesti.
« en réalité, sur 106 milliards, 86 milliards touchent un capital, justement, qui n'est pas productif, qui ne va pas dans l'économie, mais qui enrichissent, comme je rarement on a vu depuis le 20e siècle, euh, quelques dizaines de milliers de personnes. »
À Nicolas Doze, pour qui rien ne se fait sans capital, Coquerel oppose les entreprises de l'économie sociale et solidaire et les entreprises publiques, qui fonctionnent sans actionnaires au sens capitaliste, et le met au défi de citer une seule entreprise qui fonctionne sans travailleurs.
« Là, il se trompe lourdement. Ce qui produit des richesses, c'est le travail. Et c'est sur le travail d'ailleurs que le capital construit une plus-value. »
Doze ironise : si la dépense publique faisait la croissance, la France serait championne du monde. Coquerel répond par l'après-crise des subprimes, quand le secteur privé était en récession, et rappelle que la consommation intérieure pèse environ la moitié du PIB : soutenir le pouvoir d'achat soutient l'activité.
« Ce sont les dépenses publiques. Ce ce sont les dépenses de l'État. C'est la protection sociale qui assure quand même un filet de sécurité et donc de pouvoir d'achat pour les Français. »
L'écart de 2025 est confirmé : Destatis donne 0,2 % de croissance allemande sur l'année (0,3 % est le chiffre du dernier trimestre), l'Insee 0,9 % pour la France en première estimation de janvier 2026, ramené à 0,8 % dans les comptes annuels de mai 2026. Pour 2026, les chiffres avancés (1,3 % outre-Rhin, 0,5 % en France) sont des prévisions et non des résultats : la relance allemande par l'investissement n'a pas encore de bilan mesuré.
« L'Allemagne est à 0,3 % de croissance. Et nous nous sommes à 0,9 % de croissance. »
Le chiffre de 211 milliards est bien celui de la commission d'enquête du Sénat de 2025 sur les aides publiques aux entreprises ; le gouvernement retient un périmètre plus étroit. Ces aides mêlent subventions, niches fiscales et allègements de cotisations : elles pèsent bien sur le solde public, comme la baisse des recettes depuis 2017 que Coquerel invoque aussi. Dire qu'elles « équivalent au déficit » reste une comparaison de grandeurs, pas une cause unique.
« il y a un rapport du Sénat qui les chiffre à 211 milliards, là on voit que l'État essayait de de donner un autre chiffre, enfin il est quand même encore à 166 milliards »
Coquerel a raison sur l'impôt sur les sociétés : à 25 %, le taux normal français est aligné sur la moyenne de la zone euro. Mais la fiscalité des entreprises ne s'y résume pas : les impôts de production restent en France parmi les plus lourds d'Europe, 4,4 % du PIB en 2020 selon le baromètre Institut Montaigne-Mazars, loin devant l'Allemagne. Selon qu'on les compte ou non, Doze et Coquerel ont chacun une part du constat.
« Regardez les chiffres de comparaison avec nos pays européens, euh nous sommes grossièrement dans la moyenne en réalité de l'Union européenne, donc ce que vous affirmez est une fake news. »
L'ISF de 1982 exonérait l'outil de travail, ce qui permettait aux plus grandes fortunes de s'y soustraire par des holdings. Coquerel défend aussi la taxe Zucman de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions, dont on déduit les impôts déjà payés, et une réforme de l'héritage visant les 0,1 % qui, selon lui, paient environ 10 % au lieu des 45 % théoriques.
« Donc là, l'ISF intégrera euh les biens professionnels, il aura une dimension écologique et c'est pour ça qu'il est d'ailleurs euh plus rentable. »
L'écart est établi par l'Insee (septembre 2025) : en 2022, l'impôt sur les sociétés représentait 21,4 % du bénéfice des PME contre 14,3 % pour les grandes entreprises, un écart creusé depuis 2016. L'Insee l'attribue aux outils d'optimisation des grands groupes (intégration fiscale, prix de transfert, reports de déficits). Les 24 % avancés pour les PME sont un peu au-dessus de la dernière mesure trouvée.
« parce que figurez-vous les PME ont un taux d'imposition réel qui avoisine les 24 % alors que les très grandes entreprises sont à peu près à 14 % »
Environ 82 milliards de dépenses : hausse de 10 % du point d'indice, qui a reculé huit années sur dix selon lui, indexation des prestations, garantie d'autonomie pour les jeunes en formation chiffrée à 9,5 milliards, 10 milliards d'adaptation au climat, recrutement d'enseignants, cantine gratuite, 5 milliards contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
« Donc prendre des mesures sur lesquelles l'État a la main, qui permettent de relancer le pouvoir d'achat, c'est des mesures positives pour l'économie. »
Coquerel annonce aussi 100 milliards par an drainés sur les quelque 6 000 milliards d'épargne des Français vers la bifurcation écologique, les transports et le numérique, un déficit ramené à 5 % grâce à 25 milliards réservés à la dette, l'annulation de la part détenue par la Banque de France et des prêts directs de la BCE comme pendant le Covid.
« Et donc nous avons effectivement prévu des outils, relever par exemple le plafond du livret A à 30000 à 30000 euros qui permet de dégager 30 à 40 milliards sur le logement par an ou sur la rénovation du logement. »
La pique conclut une vidéo qui reproche à Nicolas Doze une ligne ultralibérale présentée comme de l'expertise. Plus tôt, Coquerel relie cette ligne à la concentration des grands médias entre les mains de grandes fortunes, dont la vision économique serait celle qu'on entend sur les plateaux.
« Voilà, donc ça je l'ai entendu Nicolas Dos, c'est ma conclusion, chez quelqu'un d'autre récemment, c'est-à-dire le patron du MEDEF qui a dit que si on arrivait au pouvoir, il fuirait. »