David Lisnard dans "La Grande Confrontation" sur LCI
Extrait de 24 minutes de « La Grande Confrontation » (LCI), publié par la chaîne de David Lisnard, maire de Cannes, président de l'Association des maires de France et candidat déclaré à la présidentielle 2027. Le plateau revient sur les pillages et les violences qui ont accompagné la mobilisation lycéenne d'octobre 2026, dont l'incendie de l'hôtel de ville de Limoges. Lisnard y débat avec un public d'invités, dont une étudiante proche de La France insoumise, un policier et des commerçants. Seuls ses propos sont analysés ici.
Lisnard venait de juger « pas normal » la présence de drapeaux algériens dans des manifestations tenues autour du 17 octobre. Une étudiante lui demande de rappeler ce qui s'est passé ce jour-là en 1961 : il répond qu'il s'en moque, puis que « c'est pas [son] problème aujourd'hui ». Ce 17 octobre, la police parisienne réprima une manifestation pacifique d'Algériens contre le couvre-feu que leur imposait le préfet Maurice Papon : des dizaines de morts, peut-être plus d'une centaine selon les historiens, dont des manifestants jetés dans la Seine. En 2021, l'Élysée a qualifié ces faits de « crimes inexcusables pour la République ».
« Non mais je m'en fous madame. […] Voilà, j'étais pas né depuis il y a eu l'indépendance de Algérie. »
Lisnard range ces drapeaux parmi les signes d'un « manque de cohérence civilisationnelle », puis enchaîne : « Donc ça renvoie au problème d'immigration évidemment ». Il glisse ainsi d'un symbole brandi dans une manifestation — légal, et lié ici à la date anniversaire du 17 octobre 1961 — à la question migratoire, sans dire ce qui relie l'un à l'autre.
« Les drapeaux étrangers, c'est pas normal dans une manife, pardon, mais les drapeaux palestiniens qui savent un fout là, drapeau algérien et cetera. »
Le recul de la France dans PISA est réel (baisse record en mathématiques en 2022, comme dans la plupart des pays de l'OCDE). Le reste de la chaîne causale — « déconstruction », « wokisme », effondrement familial, pillages — est affirmé sans chiffre ni étude. Le même registre revient tout au long de l'entretien (« effondrement civilisationnel », « délitement régalien »), sans que les causes économiques et sociales évoquées par d'autres intervenants soient discutées.
« Enfin tout ça c'est lié à l'effondrement du classement PISA, c'est lié à l'effondrement de l'instruction, c'est lié à l'effondrement du lien familial à force de tout déconstruire comme on disait de façon pompeuse dans les années 70 et 80 le wokisme, vous mettez le mot que vous voulez. »
L'Insee donne pour Cannes un taux de pauvreté à 60 % du revenu médian de 22,6 % en 2023 (Filosofi). Le taux national tourne autour de 14,5 à 15 % selon l'année : l'ordre de grandeur avancé par Lisnard est exact, et l'écart avec la moyenne bien réel.
« Donc 22 % de pauvreté à Can la moyenne française c'est 14 hein. »
Environ 4 500 communes sur près de 35 000 disposent d'une police municipale, soit environ 87 % qui n'en ont pas — le chiffre de Lisnard est juste. Le maintien de l'ordre relève bien de la police et de la gendarmerie nationales. Son programme propose d'élargir les pouvoirs des polices municipales.
« Il y a 86 % des communes françaises ne veulent pas ou ne peuvent pas avoir de police municipale qui n'a pas le droit de faire du maintien de l'ordre. »
En 2024, la dépense publique française atteint 57,1 % du PIB selon Eurostat, juste derrière la Finlande (57,6 %) ; l'OCDE donne le même ordre. Sur des données trimestrielles du début de 2026, la France repasse en tête. L'emphase du « record du monde » force le trait, mais le fait qu'elle soit l'un des deux pays qui dépensent le plus est établi. L'affirmation d'une police nationale presque absente des villes « après 1 heure du matin » n'est étayée par aucune donnée publique.
« Que la police nationale dans le pays qui a le record du monde de la dépense publique. On dépense de plus en plus d'argent public est totalement sous-doté »
Point de friction inattendu avec la ligne gouvernementale : tout en chargeant l'extrême gauche, Lisnard reproche aux gouvernants d'en faire un écran, et cite des forces de l'ordre à court de munitions à Limoges en plein après-midi. Il qualifie ces gouvernants d'« imprévoyants, insincères, incompétents ».
« Il y a la responsabilité de l'extrême gauche très grave mais extrême gauche ou pas il y a des émeutes. Extrême gauche ou pas il y a une fragmentation sociale. »
Interpellé, il précise sa définition : la violence, le culte du chef (« Jean-Luc Mélenchon »), puis « tout l'État, rien que l'État », formule tirée du « Tout dans l'État, rien hors de l'État, rien contre l'État » de Mussolini (1925). La formule est authentique, mais aucun historien du fascisme ne le réduit à l'étatisme ou à la violence politique : nationalisme, parti unique, suppression des libertés et des syndicats en sont des traits centraux. Appliquer le mot à LFI relève de la polémique, pas de l'analyse.
« il y a des groupes d'extrême gauche proches de LFI et les filles qui sont des fascistes pour moi. Pour moi c'est une théorique fasciste, c'est-à-dire c'est de la violence. »
Lisnard maintient l'accusation même après qu'un intervenant a rappelé que, selon la procureure de Paris, rien ne rattachait les personnes interpellées à des groupuscules d'extrême gauche. Il assimile la dénonciation de violences policières à une caution des émeutes, sans citer de propos précis d'élus LFI appelant à la violence.
« mais ça n'exonère pas la responsabilité de l'éfi lorsque il y a une légitimation de la violence Exactement. Voilà. Lorsque l'on dit toute la journée que la police tue »
Lisnard conclut en reprenant le « arrêtez d'emmerder les Français » de Georges Pompidou (1966) : moins d'État pour les contraintes administratives, « beaucoup plus d'État recentré sur ses missions régaliennes ». C'est le cœur de son programme pour 2027, qui prévoit un plan de remise à niveau de la police nationale et un budget de la justice porté à la moyenne européenne.
« Si vous avez 24 heures de retard dans votre TVA, croyez-moi, l'État est implacable. Voilà, implacable. Très bien. Mais cet état qui m'hyper contrôle ne me protège pas. »