ATTAL, GLUCKSMANN, DE VILLIERS : EN ROUE LIBRE SUR LE 17/10 !
Chronique de 58 minutes de PaduTeam (La Brèche), tenue par Chris et un second animateur, publiée le 21 octobre 2026, quatre jours après la journée contre la vie chère du samedi 17 octobre, terminée par des pillages et l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges. Après une longue mise en perspective historique — le « parti de l’ordre » de 1848, le gouvernement de défense républicaine de 1899 —, les animateurs commentent un récit de BFMTV sur l’exécutif, puis des extraits de Gabriel Attal, de Raphaël Glucksmann et de Philippe de Villiers sur CNews. Ces extraits figurent dans le transcript sans aucune marque : leurs propos ne sont jamais la position de la chaîne, et les cartes citent les réponses des animateurs. Le ton est militant, favorable à LFI et souvent sarcastique.
La grille de toute la chronique, de Glucksmann à Philippe de Villiers. Les animateurs s'appuient sur Les Luttes de classes en France de Marx : face à la peur des « rouges » et des faubourgs, des courants qui se combattent s'allient pour garder les biens et faire tourner la boutique, quitte à renoncer aux promesses sociales sur lesquelles ils ont été élus.
« l'union des propriétaires, moi ça me fait penser à ce qu'on a appelé, tu sais, le parti de l'ordre après 1848, si je me trompe pas, si ma mémoire est bonne. Des gens qui essaient de sauver la propriété, quoi. »
Le constat ouvre la chronique : les chaînes d'information ne parleraient que des violences, en donnant la parole à des victimes présentées comme apolitiques, puis à un contradicteur choisi pour sa modération. La forme donne l'apparence d'un débat entre droite et gauche, quand la question posée a déjà fixé la réponse.
« tu fais parler 10 commerçants comme ça, trois flics et puis à la fin tu demandes à un type de gauche un peu mou que tu présentes comme un soutien de la France insoumise »
Les animateurs prêtent à Mélenchon un motif défendable, protéger le petit commerçant qui n'est « ni le gars qui gère Amazon ni le mec qui est au gouvernement ». Mais en condamnant plutôt qu'en renvoyant la faute au maintien de l'ordre et à la destruction des services publics, la personne la plus à gauche du champ fixe la borne, et tous ceux qui sont à sa droite la dépassent. C'est le titre de la vidéo. La chronique du 19 octobre reprochait déjà au tweet de donner des gages ; ici, elle salue en revanche Mélenchon sur LCI, quand il répond qu'il n'a jamais appelé à la violence.
« si Mélenchon déjà condamne les pillages et les saccages, alors les autres, ils peuvent y aller comme ils veulent. »
Zemmour ne fera pas 25 %, disent-ils, mais une sphère se forme autour d'une droite libérale et sécuritaire, admiratrice de Milei et de Bukele. L'État y redevient celui du XIXe siècle : il défend la propriété et cesse d'être un acteur économique. Ce serait, plus que Marine Le Pen, le débouché politique de la peur du désordre.
« Quelques trucs régaliens très forts pour essayer de taper sur les pauvres et puis après sinon c'est euh la liberté de de de faire de la du fric sur les autres, quoi. »
Sur le plateau de David Pujadas, face à David Lisnard et Jérôme Guedj, un invité raconte avoir démasqué une manifestante qui se disait infirmière, et n'en croit rien. Pour l'animateur, le doute dit l'aveuglement : des couches salariées diplômées, souvent racisées, sans avenir stable malgré leurs études, se mettent en mouvement plus radicalement qu'il y a quarante ans.
« ils sont pas capables de comprendre qu'une infirmière qui arrive dans un hôpital public totalement détruit, à qui on a promis qu'en faisant des études au final elle gagnerait bien sa vie, en fait qu'elle arrive pas à se payer un logement décent »
Le second parallèle est celui de la fin du XIXe siècle : le gouvernement de Waldeck-Rousseau, en 1899, réunissait le socialiste Millerand et le général de Galliffet, qui avait réprimé la Commune. Si le mouvement s'étend et que Glucksmann plafonne, Hollande pourrait se présenter en homme de l'ordre, au-dessus du clivage. C'est une hypothèse, que les animateurs formulent comme telle.
« François Hollande, il va arriver, il va dire moi je vois ce qui se passe dans le pays, j'ai peur pour mon pays, vous savez que je suis un homme de gauche, mais face à la montée en gros de la guerre civile »
Le 17 octobre, des manifestants ont coiffé la statue de la place de la République d'un gilet jaune, sous des drapeaux tricolores. Les animateurs y voient un enjeu de campagne : « République » parle à tout le monde, quand « socialisme » est devenu un mot de niche, et la tradition anti-républicaine, de Maurras à « la gueuse », a toujours été anti-révolutionnaire. Le slogan « la République c'est nous » revient d'une chronique précédente.
« La République, ce n'est pas la bourgeoisie dite républicaine dans ses dorures, dans son conservatisme. La République, c'est vraiment l'essence révolutionnaire de de ce pays. »
Les deux chiffres tiennent : un peu plus de 10 000 policiers et gendarmes mobilisés pour la journée nationale du 17 octobre, dont 5 000 à Paris (Europe 1, 17/10/2026), contre 14 000 pour la seule visite du pape Léon XIV à Paris fin septembre (ministère de l'Intérieur). Mélenchon opposait les mêmes ordres de grandeur sur LCI le 18 octobre. L'animateur hésite sur l'interprétation : il croyait le sous-dimensionnement voulu, il penche désormais pour la sidération d'un gouvernement que ses propres ministres disent « indéfendable ».
« il y avait 14000 personnes à Paris pour le pape là, il y avait 10000 personnes dans toute la France. Il y avait 10000 flics dans toute la France. »
Moins d'agents sur le terrain, plus d'algorithmes : comme un sondeur qui ne capte pas les électeurs hors de ses bureaux-types, l'État repérerait les militants fléchés et manquerait ceux qui manifestent pour la première fois. Même aveuglement, disent-ils, quand des interpellés se révèlent cadres, enseignants ou infirmières, et qu'on propose pourtant de « couper la CAF ».
« c'est aussi un effet de la crise, d'avoir des profils qui font des choses qui ne correspondent pas aux anciens modèles, et donc, ton modèle devient euh faible en prédiction »
Le point de départ est un commentaire télévisé qui s'étonnait de voir des jeunes de banlieue rejoindre des jeunes du centre-ville. Pour l'animateur, c'est l'inquiétude du pouvoir qui s'y exprime : en 2005 comme en 2023, les émeutes restaient dans les quartiers, et cette séparation servait à diviser. Sa disparition donnerait au mouvement une dynamique « ultra-progressiste ».
« Avant, on comptait sur la séparation raciale de Ah, les émeutes de banlieue, c'est en banlieue et ils se pètent euh ils pètent euh leur lycée de banlieue et leur Tu vois, pendant que les petits blancs se tiennent tranquilles. »
Le 19 octobre, le garde des Sceaux a annoncé avoir demandé à tous les parquets de qualifier les violences du 17 octobre de criminalité organisée, ce qui permet de prolonger la garde à vue au-delà de 48 heures et d'utiliser la géolocalisation (LCP, 20/10/2026). Le code de procédure pénale autorise jusqu'à 96 heures dans ce régime, celui de l'enquête sur la mairie de Limoges. Réserve : la qualification dépend des procureurs, chaque prolongation d'un juge, et aucune durée effective n'a été publiée. L'inquiétude des animateurs porte sur des peines « pour l'exemple ».
« on parle de Darmanin là qui fait durer des gardes à vue 72 à 96 heures comme si c'était des terroristes hein. »
L'article existe : le 19 octobre, Mediapart cite un commissaire du renseignement territorial selon qui « on nous demande d'écrire que LFI est derrière le mouvement ». Le ministère dément toute consigne, Lecornu et Nuñez aussi devant l'Assemblée, (LCP, 20/10/2026), et LFI annonce saisir la Cour de justice de la République (Paris Match Belgique). Le fait reste un témoignage. Les animateurs en tirent un mécanisme emprunté à Lénine : une crise de régime commence quand les corps intermédiaires comprennent qu'on les utilise à rebours de leur fonction.
« un commissaire des RG qui qui dit qu'on lui a demandé de dire que c'était Mélenchon le problème et qu'il avait appelé alors que il dit mais en fait c'est pas vrai donc je peux pas dire ça. »
Pour les animateurs, la journée a visé des vitrines et des bâtiments, et rien n'y ressemble aux violences d'une guerre civile que décrivent les plateaux. Les blessures graves qu'ils retiennent sont celles des manifestants, causées par des armes de police : à Saint-Étienne, un jeune homme a perdu une main. Le gouvernement a annoncé des centaines de blessés parmi les forces de l'ordre, sans en détailler les circonstances, un décompte contesté.
« Mais il y a pas eu de violence contre des êtres humains à part des flics sur les manifestants, ça il y en a eu. »
C'était une rumeur virale de l'acte 18 des Gilets jaunes, le 16 mars 2019. Des grenades lacrymogènes ont bien atterri sur l'auvent du restaurant, mais après le départ du feu : les images en direct de Sputnik et de RT montrent un fumigène s'y poser, puis les premières flammes. L'auteur de la vidéo qui accusait la police dit lui-même ne pas pouvoir l'affirmer (20 Minutes et CheckNews, 18/03/2019). L'animateur s'en sert pour douter que l'incendie de la mairie de Limoges vienne de manifestants.
« Tu te souviens de l'incendie du Fouquet's pendant le les gilets jaunes en fait, c'était une grenade des flics qui avait »
La thèse vise le mot « pilleur », qui désigne une nature plutôt qu'un geste. Les animateurs distinguent casser une vitrine et frapper quelqu'un : on parle de guerre civile, disent-ils, alors que personne n'est monté dans des appartements et que les seuls à parler de s'armer sont des commerçants qui évoquent des milices. Ils doutent aussi que l'incendie de la mairie de Limoges soit le fait de manifestants : le 20 octobre, la veille de la mise en ligne, un militant d'ultragauche a été interpellé dans cette enquête, présumé innocent.
« C'est des gens qui se sont retrouvés dans un phénomène de masse à faire un truc qu'ils auraient pas fait forcément en temps normal, qu'ils ont fait sous le coup de l'adrénaline »
La réponse vise un extrait de BFMTV qui range les images du 17 octobre parmi les « failles » des deux quinquennats, avec l'Arc de triomphe saccagé en décembre 2018. Le bilan est fait sur la sécurité, pas sur la politique qui a produit les deux crises : c'est pourquoi, pour PaduTeam, les médias appartiennent eux aussi au « parti de l'ordre ».
« Tu sais, ils disent pas il a créé les gilets jaunes avec sa politique de merde, ils disent "Ah bah non, c'est qu'il a pas réussi à les faire rentrer chez eux." »
En 2018, un an après l'élection de Macron, la classe moyenne lui faisait encore crédit et voyait dans le désordre une raison de voter RN pour que « ça se calme ». Dix ans plus tard, les émeutiers sont aussi « nos gamins », frappés devant les lycées deux semaines plus tôt. Une fois qu'on cherche les raisons de la colère, on se pose des questions de rapports sociaux, et la peur cesse de servir l'extrême droite.
« pour que tu disais ce parti de l'ordre fonctionne, il faut que ce soit un ordre où les masses enfin une partie des masses ne se posent aucune question de légitimité de l'ordre en place. »
Dans l'extrait, Gabriel Attal réclame que l'on montre des jeunes identifiés a posteriori et traqués jusque chez eux, plutôt que ceux qui « rentrent chez eux, peinards » avec ce qu'ils ont pris. Les animateurs y voient un bouc émissaire et une surenchère de candidat en difficulté, comparée au « buter jusque dans les chiottes » de Vladimir Poutine.
« tu as l'impression voilà qu'il est face à une force organisée et tout là, il te parle en gros de de lycéens qui sont allés piquer une une Switch 2 »
Attal concède qu'il faut investir dans l'école et ne pas confondre lycéens et pilleurs, puis plaide que la sanction a « une vertu éducative », un cadre qu'il dit n'avoir pas eu le temps d'imposer, à l'Éducation puis à Matignon, « à cause de la dissolution ». Les animateurs retournent la phrase : dix ans au pouvoir, et aucune sanction pour l'éduquer, lui.
« C'est des mecs qui ont vendu l'Occident libéral contre les communistes répressifs autoritaires et maintenant ils ont un discours, tu sais ils ont autoritaire et répression dans la bouche toutes les 5 secondes quoi. »
Raphaël Glucksmann juge « insupportable » que « des mouvements ultra-violents et des hordes de pillards » s'attaquent aux symboles de l'État et aux services publics. Le mécanisme est celui que la chronique annonçait : une fois le mot concédé à gauche, chacun doit renchérir. Les animateurs contestent aussi l'objet : une boutique Louis Vuitton ou un bar-tabac ne sont pas des services publics.
« C'est plus simplement pillage cassage, après tu as pilleurs et après tu as horde de pilleurs et bientôt tu auras armée euh de casseurs ou civilisation de casseurs »
Glucksmann accuse le gouvernement d'avoir failli deux fois, en espérant le pourrissement puis en étant « incapable d'assurer l'ordre public », et demande que l'État « sorte de l'impuissance ». Les animateurs n'y entendent qu'un appel à la police, et prédisent qu'à 5 ou 6 % il se retirera devant un candidat du PS, parti dont l'argent finance selon eux sa campagne. Son programme de 2024 promettait pourtant de revoir la doctrine du maintien de l'ordre.
« Et si il y a un moment donné euh 3 mois avant les élections, euh Raphaël Glucksmann, il est donné à 5-6 et qu'il peut pas faire perdre Mélenchon, euh il va se retirer, hein. »
Sur CNews, Philippe de Villiers voit dans la journée une « pré-guerre civile entre la nouvelle France et l'ancienne France », des « manifestations inédites de tribalisme de conquête territoriale », et se dit « pile dans l'axe » d'un livre écrit cet été. Pour les animateurs, cette grille ethnique n'a rien à voir avec un mouvement lycéen et contre la vie chère, et elle se confirmerait quoi qu'il arrive. Le mot n'est pas neuf chez lui : il voyait déjà dans le meurtre de Crépol la preuve d'une « conquête territoriale ». Philippe de Villiers n'a pas de fiche sur le site.
« Ça fait 30 ans que tu écris le même livre en fait tu vois ça fait 30 ans que tu écris ça et toi tu réinterprètes le truc par rapport à ton livre et tu dis que c'était déjà dans ton livre. »