LA GAUCHE ANTI-MÉLENCHON DOIT-ELLE FERMER SA GVEULE ?
Chronique de 34 minutes de PaduTeam (La Brèche), suite d'une vidéo publiée la veille : Pablo Pillaud-Vivien, rédacteur en chef de Regards, avait jugé insultante, voire homophobe, l'injonction de PaduTeam à « fermer sa gueule ». Les animateurs commentent ici une émission de Regards enregistrée le 18 juillet 2026, où il discute avec Catherine Tricot de la gauche, de Jean-Luc Mélenchon et de l'accusation d'antisémitisme. Les extraits de Regards figurent dans le transcript sans aucune marque : les cartes ne citent que les réponses des animateurs. Le ton est militant, favorable à LFI, et souvent ironique.
Catherine Tricot juge absurde un sondage donnant Mélenchon battu à 30-70 au second tour, mais le prend pour une alerte. Les animateurs y voient une contradiction intéressée : un sondage photographie un instant, et faire campagne consiste précisément à le déjouer pendant les mois qui restent. S'en servir comme d'un verdict sert, selon eux, à plaider pour une alliance plutôt qu'à analyser.
« Si vous croyez à un sondage, au mieux hein, au mieux d'un sondage, ça vous dit à l'instant T le fameux, tu sais, si l'élection avait lieu demain, voilà comment ça voterait. Ce qui est toujours fallacieux puisque l'élection n'a pas lieu demain. »
Regards présente Sandrine Rousseau comme « une femme libre » qui « a des convictions ». Les animateurs remplacent son nom par celui de Bruno Retailleau ou de Sarah Knafo : la phrase tient toujours. D'où un outil de lecture réutilisable, qui vaut pour tout portrait politique dont les qualités ne disent rien de la ligne défendue.
« Vous prenez la personne, vous changez par n'importe quel personnage politique de n'importe où dans l'échiquier politique. Si ça colle à chaque fois c'est que la personne n'a rien dit. »
Interrogée sur l'antisémitisme prêté à Mélenchon, Sandrine Rousseau aurait répondu que ses propos avaient pu blesser, mais que les écologistes avaient eux aussi soutenu des hommes mis en cause pour violences sexuelles. Les animateurs jugent cette réponse mauvaise, et le commentaire de Catherine Tricot pire : il tient l'accusation pour acquise, au diapason de Macron, Philippe et Retailleau, qui font selon eux de Mélenchon le « nouveau repoussoir de la République ».
« Alors la réponse de Sandrine Rousseau est très mauvaise mais la manière dont tu la présentes est tout aussi mauvaise en fait […] là tu viens juste quand même de délivrer le message que Mélenchon est un antisémite »
C'est la thèse centrale de la chronique : le débat « Mélenchon est-il antisémite ? » n'est pas une question à trancher mais un dispositif, dont la fonction est de disqualifier ceux qui dénoncent la guerre à Gaza. Les animateurs reprochent à toute la discussion de Regards, Sandrine Rousseau comprise, d'en accepter les termes au lieu de poser la question de la complicité française.
« L'antisémitisme la manière dont on accuse l'accusation d'antisémitisme est un pare-feu est une falsification utilisée pour interdire de lutter contre le génocide en Palestine. »
Des exportations existent, sous une forme que le gouvernement conteste d'appeler des armes. En juin 2025, les dockers CGT de Fos-sur-Mer ont refusé de charger trois conteneurs de composants militaires pour Haïfa, dont des maillons de mitrailleuse fabriqués par Eurolinks ; le ministère des Armées a répondu qu'ils devaient être assemblés en Israël puis réexportés. Les licences accordées pour Israël ont baissé trois ans de suite selon le rapport au Parlement d'août 2026, sans s'arrêter. « Participer à armer » est donc défendable ; la formule gomme la distinction entre composants et armes complètes.
« actuellement la France notre pays participe à faire perpétuer cet état vu qu'elle continue à commercer avec Israël vu qu'elle participe à armer Israël vu qu'elle est dans des alliances internationales qui favorisent Israël »
Les élections au Conseil législatif palestinien du 25 janvier 2006 ont donné 74 sièges sur 132 à la liste du Hamas, contre 45 au Fatah, avec une participation d'environ 77 %. Les observateurs internationaux, dont la mission de l'Union européenne, les ont jugées ouvertes et régulières. Le fait avancé est exact. Il ne dit rien de la suite : le Hamas a pris seul le contrôle de Gaza par la force en 2007, et aucune élection n'y a eu lieu depuis.
« elle considère que les mouvements politiques dans la bande de Gaza sont des mouvements terroristes et pas des mouvements légitimes, alors qu'ils ont gagné des élections reconnues comme légitimes en 2006 »
Les animateurs ne défendent pas l'ancien député insoumis : ils lisent son entretien sur BFMTV (le loyer payé, les clés gardées, l'ex qui « s'est accaparé » l'enfant) comme une justification adossée au pouvoir économique. L'acte regarde d'abord la victime ; le discours public d'une figure de gauche regarde les militants, parce que d'autres femmes l'entendent. Ils récusent aussi l'indulgence du « bon soldat » dont on aurait besoin pour la lutte.
« C'est que avec sa place politique, son autorité politique, son statut en plus d'homme de gauche, une des têtes du parti, l'un des plus progressistes et en face de prendre le pouvoir et cetera, il a utilisé cette tribune pour se justifier en tenant un discours qui est de fait un discours qui légitime, normalise et empêche de lutter contre les violences sexistes et sexuelles. »
Sandrine Rousseau conditionne une alliance avec LFI à une discussion sur l'affaire Quatennens. Les animateurs retournent la question : quelle politique du logement, de la santé, de l'autonomie financière pour les mères isolées dépendantes d'un ex violent ? Le programme des Écologistes en porte pourtant plusieurs, dont une loi intégrale contre les violences sexistes et un statut de famille monoparentale.
« C'est comme ça qu'on règle les problèmes de violences sexistes et sexuelles. C'est en créant des sociétés où on n'est pas obligé d'être dépendants de gens qui nous font parfois énormément de mal parce que le collectif s'est organisé pour que les besoins de chacun soient fournis. »
Les animateurs voient dans le retrait de la candidature de Taha Bouhafs aux législatives de 2022 un traitement plus sévère que celui d'Adrien Quatennens, et y soupçonnent des « dispositifs racistes ». Ils n'épargnent pas LFI : des députés, dont Sophia Chikirou, avaient applaudi Quatennens à son retour dans l'hémicycle, sans qu'aucun bilan en soit tiré.
« la façon dont elle elle elle avait traité des affaires à la France insoumise quand elle y était encore […] notamment Taha Bouhafs, ça c'est pareil aussi. Pas été traité de la même manière que Quatennens hein. »
Le 9 octobre 2023, Yoav Gallant annonçait un « siège complet » de Gaza, sans électricité, nourriture ni carburant, et déclarait : « Nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence. » La phrase est authentique, et la Cour internationale de justice l'a relevée dans son ordonnance du 26 janvier 2024. La reprise est fidèle au sens, pas à la lettre : Gallant ne nommait pas « les Palestiniens », et la portée de « animaux humains » (le Hamas ou la population) a été discutée ; la déclaration date d'octobre et non de novembre.
« En novembre 2023, la FI a tenu la ligne à un moment où il y avait un rouleau compresseur médiatique pendant que le ministre de la défense israélien disait "Les Palestiniens sont des animaux humains et nous allons les traiter comme tels." »
Regards attend de LFI un retour sur ses « sorties de piste » depuis 2023. Les animateurs inversent la charge : la gauche qui a défilé contre l'antisémitisme le même jour que le RN, et qui a « bégayé » sur Gaza, de Faure à Autain et Ruffin, devrait selon eux faire son propre bilan. Ils relèvent que dans tout l'échange de Regards, le mot Palestine n'est pas prononcé.
« Quelles ont été les conséquences de cette manifestation à part justifier le génocide et justifier la criminalisation des gens qui se battaient contre. Et vous, vous dites c'est à la France insoumise de faire un mea culpa depuis 2023. »
Les animateurs nomment les lignes de fracture : la paix en Ukraine contre les budgets de guerre, la Palestine. Pour la gauche sociale-démocrate, disent-ils, ce sont des sujets de clivage, et l'unité se fait sur la taxe Zucman, « le moins pire » de ce qu'elle propose. La taxe figure pourtant aussi au programme de LFI, et à celui du PS.
« Il y a des vrais sujets qui fracturent ces deux gauches. Et moi je crois qu'elles sont irréconciliables et je veux qu'elles soient irréconciliables. »
Le fait est établi : le 21 septembre 2025, la mairie de Paris a fait projeter sur la tour Eiffel les drapeaux palestinien et israélien reliés par une colombe, la veille de la reconnaissance de l'État de Palestine par la France à l'ONU. Anne Hidalgo y voyait un soutien à la solution à deux États. Deux précisions : c'était la veille et non le jour même, et une projection plutôt qu'un pavoisement. Emmanuel Grégoire, qui lui a succédé en 2026, n'était pas alors maire.
« c'est une mairie qui le jour de la reconnaissance de la Palestine a eu l'indignité de mettre le drapeau israélien en plus du drapeau palestinien sur la Tour Eiffel »
C'est la clé de la chronique et de son titre : l'injonction adressée à Pablo Pillaud-Vivien ne vise pas sa personne mais une ligne, celle d'une gauche parisienne proche de la mairie de Paris, dont les prises de position ont selon eux des effets concrets sur la guerre à Gaza. D'où leur refus de lire l'échange comme un simple clash entre médias.
« On n'est pas là pour sonder les âmes et savoir qui est gentil et pas gentil et qui est aligné avec son éthique et je sais pas quoi. On s'en fout. Ce qui compte, c'est comment nos actes et nos positionnements politiques ont un impact réel sur le monde et comment on fait pour changer ça. »