NATACHA POLONY 2027 : VA-T-ELLE DÉTRÔNER MÉLENCHON ??
Chronique de 57 minutes de la PaduTeam, tenue par Zoé et Chris, au lendemain de l'annonce par Natacha Polony de sa candidature à la présidentielle de 2027. Elle retrace son parcours puis commente des extraits de l'entretien qu'elle a donné à Benjamin Duhamel. Les extraits de Polony et de Duhamel sont diffusés sans marque dans le transcript : ils ne sont jamais la position de la chronique. Le ton est militant, favorable à LFI et très ironique ; les moqueries et les accusations lancées sans élément à l'appui ne sont pas reprises.
Chris situe la candidature dans un créneau que la chaîne avait identifié sans l'attribuer à Polony : un post-macronisme « ni droite ni gauche » qui reprend souveraineté et réindustrialisation. François Ruffin, qui l'occupait, aurait selon lui disparu de la circulation ; il avait lui-même cité Polony parmi les personnalités qu'il voulait autour de lui, « sur la question de la souveraineté ».
« ce qui est intéressant, c'est qu'elle prend un espace qu'on avait eu dégagé, tu sais, dans le la prophétie. L'espace Ruffin. L'espace Ruffin, l'espace souverainiste, refaire du du post-macronisme, un peu ni droite ni gauche mais avec des thèmes pas droitards, avec des thèmes de gauche, réindustrialisation, souveraineté »
Chris décrit un électorat qui vote par devoir sans conviction et se reporte par défaut sur le sortant ; c'est cette inertie qui aurait réélu Macron en 2022. En 2027, faute de président candidat, ce vote se disperse. Il en déduit un scrutin à la 2002, éclaté entre de nombreuses candidatures qui viendront chacune « challenger » Mélenchon et le RN sur une partie de leur ligne.
« tu as ce que j'appelle souvent le l'abstention votante, c'est-à-dire des gens qui n'aiment pas s'abstenir parce que tu vois c'est pas citoyen […] ils savent pas pourquoi voter donc souvent ils revotent pour le sortant en disant bon bah tu sais la fameuse phrase euh on sait pas ce qu'on gagne, on sait ce qu'on perd. Tu vois donc euh là tu peux plus faire ça. Ce qui est hyper défavorable pour le centre »
La phrase est documentée : en mars 2012, face à Éric Zemmour, Polony lui disait « On a à peu près 90 à 95 % d'analyses qui sont les mêmes », rapporte Télérama en septembre 2012. En 2011, elle se situait « entre Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan » (TV Magazine). Depuis, elle a placé l'écart dans les 5 % restants (2014) et s'est dite en 2021 « franchement de gauche ».
« En 2012, elle déclare partager à peu près 90 à 95 % des analyses d'Eric Zemmour, figurez-vous. »
Le récit de Zoé est exact. Pour la une du 21 avril 2022, « La colère… ou le chaos ? » est devenue « Malgré la colère… éviter le chaos », et la société des rédacteurs a dénoncé l'intervention directe de l'actionnaire, Daniel Křetínský, qui avait installé Polony à la direction de la rédaction en 2018. Polony a assumé le changement « en toute indépendance », tout en se disant « attentive aux souhaits du groupe CMI » (Ozap, 20 avril 2022). La citation est celle que lit Zoé, à quelques mots près.
« J'ai cependant décidé d'entendre l'ensemble des sensibilités composant les lignes rédactionnelles, tout en étant attentive au souhait du groupe CMI de ne pas laisser planer aucune ambiguïté quant à la position de notre hebdomadaire. »
Face à Benjamin Duhamel, Polony avance « 20 milliards » puis acquiesce à la fourchette de 10 à 15 milliards par an que lui oppose le journaliste, et finance la mesure par la « politique de production » et « l'organisation du travail des enseignants ». Pour Chris, esquiver sans répondre est la pire des stratégies d'entretien.
« Soit vous allez à fond dans la question et vous montrez aux journalistes que bah vous connaissez mieux les chiffres que lui et même vous l'interrogez sur ses propres chiffres, ça c'est une bonne stratégie. […] Soit vous dites je m'en bats les couilles, je vais parler d'autre chose, voilà. Mais euh faire genre je vais essayer quand même de vous répondre sans vraiment vous répondre, ouh là là Mauvais bail »
Zoé et Chris voient dans la mesure un ciblage d'électorat : des enseignants hostiles au RN mais rebutés par Mélenchon, que plus aucun candidat central ne retient. Zoé y lit une méthode, le « sectoriel » et le « clientélisme » de qui n'a pas de projet d'ensemble, et la rapproche d'une promesse aux médecins libéraux qu'elle prête à Valérie Pécresse en 2022.
« Allez je vais chercher 1 million de profs en leur augmentant de 30 % faire de la laïcité. »
Chris ne tient pas l'angle de Polony pour absurde : à côté du coût des emprunts sur les marchés, la perte de production locale aurait contraint l'État à s'endetter pour boucler son budget. Il oppose ce discours de l'offre productive à la politique de la demande qu'il prête à Mélenchon, centrée sur la relance de la consommation, et y voit « un bon angle de discussion ».
« sur ces 40 ans si la dette augmente c'est aussi que on va dire la production a diminué à cause du néolibéralisme et de la délocalisation. Donc on est un pays qui justement fait de la fausse valeur, c'est-à-dire de la valeur financière ou comment dire de la valeur de consommation pendant que on produit plus de valeur localement avec la désindustrialisation et donc on est obligé pour boucler le budget en plus d'emprunter sur les marchés avec des taux. »
Quand Polony revendique une « vision synthétique » contre la manie de « séparer les sujets », Zoé, qui reproche à son propre camp d'user du mot « systémique » pour ne rien dire, juge la critique fondée et l'applique au programme insoumis. Seules la planification écologique et les écorégions y feraient système ; sur la relance, Polony attaque là où Mélenchon est le plus faible.
« C'est important ce qu'elle dit là. C'est aussi une critique qu'on peut faire au programme de de Mélenchon c'est le côté un petit peu addition de mesures et cetera. Alors il y a un truc systémique qui est pas mal c'est sur tu sais les la transition écologique, la planification écologique »
Zoé relève une suite de slogans — « état d'urgence de la production », les « 4 I » (incapacité, impuissance, irresponsabilité, illisibilité) — et Chris y reconnaît la manière des chroniqueurs de plateau, qui jugent la politique à la qualité de la formule. Ancienne chroniqueuse d'« On n'est pas couché », Polony en garderait le réflexe.
« Tu vois c'est vraiment des formules. Elle elle est trop journaliste là elle est vraiment en mode formule. Politique d'état d'urgence de la production. »
Chris voit le climat du pays changer : des figures qui ont « accompagné tous les pouvoirs » doivent désormais contester le récit de la dette et de la rigueur. Plutôt qu'une rivale, Polony serait une voix de plus dans une « musique » de souveraineté et de rupture dont Mélenchon, avec son appareil et son programme, recueillerait le bénéfice, au détriment du RN.
« Le fait qu'il ait la statue l'appareil politique, un programme en avance sur les autres là-dessus, ils sont tous en train de mettre les thèmes de Mélenchon là-dessus. Donc il faut pas on va le voir, il faut pas voir ça comme euh une concurrence. C'est un challenge qui justement crée une musique nécessaire on a besoin de souveraineté, on a besoin de relancer, on a besoin de faire une rupture »
Polony veut réserver en priorité la commande publique, « 8 % du PIB », à la production française. Chris reconnaît une mesure insoumise, défendue par Aurélie Trouvé ; Zoé rappelle que la chaîne réclame plutôt une usine nationale pour habiller toute la fonction publique, et prédit que Polony parlera de relocaliser, jamais de reprendre la main sur l'appareil de production.
« Elle ne va pas vous parler de reprendre la main sur l'appareil de production et de socialiser, collectiviser, nationaliser évidemment hein. »
Chris décrit un retournement : avec la hausse du coût de l'énergie et du transport des marchandises, produire en Asie rapporte moins, et le patronat voudra relocaliser à marge égale. L'État serait alors sommé de compenser par des baisses de cotisations. D'où sa ligne de partage : une réindustrialisation de droite, confiée aux entreprises privées, ou une réindustrialisation de gauche, planifiée, nationalisée et socialisée.
« Donc ils vont devoir relocaliser la production mais faire la même plus-value, voire même plus que ce qu'ils avaient avant avec le l'effet du néolibéralisme et ce qu'on appelait l'échange inégal. Donc là, il va y avoir tout un discours de renationalisation. Et il faut pas croire que ce sera de gauche à chaque fois. Parce que justement cette réindustrialisation, elle ça va se faire sur la destruction des acquis sociaux, la destruction de la sécu, la destruction des cotisations »
Partant des « filières » de Polony, Zoé raconte la consigne reçue des pharmaciens de son secteur : ne plus initier de traitement par furosémide, diurétique de référence de l'insuffisance cardiaque, faute de stock. Ces molécules tombées dans le domaine public, simples à fabriquer, ne sont plus rentables pour les laboratoires. Elle en tire la nécessité d'usines publiques produisant à prix coûtant, et dit craindre que la gauche de rupture, LFI comprise, s'en tienne aux subventions au privé.
« Si la réponse c'est on va se mettre à financer des laboratoires privés, les subventionner pour produire des génériques et que le générique devienne suffisamment rentable pour qu'ils acceptent de produire des molécules qui sont absolument nécessaires pour la survie des gens, si vous faites ça, on va se retrouver dans une situation où ils vont vouloir tirer le plus de plus-value possible »
Pressée par Duhamel de dire où elle trouve les 10 à 15 milliards de la hausse des salaires enseignants, Polony répond que la relocalisation « dégage de l'argent tout de suite ». Chris objecte que les entreprises doivent d'abord investir, puis dégager un résultat imposable, et que ce délai est plus long encore quand l'État s'en remet au calendrier des conseils d'administration privés.
« Tu trouves pas l'argent tout de suite Natacha Polony, tu le trouves dans 10 ou 15 ans euh une fois que les entreprises commencent à faire de la valeur, commencent à avoir un résultat, commencent à avoir des bénéfices. Là tu peux les les les taxer. »
En dernier recours, Polony invoque une réforme institutionnelle qui « arrête les doublons ». Chris réclame le poste et le montant, et juge les doublons plus nombreux dans le privé. Zoé retourne l'argument : s'il faut faire le ménage, c'est à la tête des agences et des grandes institutions publiques, parmi des dirigeants passés par Sciences Po qui vont et viennent entre public et privé.
« Ah [ __ ] c'est pas vrai qu'on nous le ressort encore. Le gnagnagna, le mille-feuille administratif et tout. Mais ! Déjà ils passent leur temps à dire gnagnagna, on a chiffré les trucs et tout. Eh ! Quel poste à quel ? Et combien ça fait ? »
Le chiffre de Polony tient : la commission d'enquête du Sénat, rapporteur Fabien Gay (PCF), a évalué les aides publiques aux entreprises à au moins 211 milliards d'euros en 2023, subventions, dépenses fiscales et allègements de cotisations compris (rapport adopté à l'unanimité en juillet 2025). Le périmètre est large, et d'autres évaluations, plus restrictives, aboutissent à des montants inférieurs. Zoé et Chris saluent une proposition qu'ils jugent insuffisante, mais inattendue de sa part.
« Vous avez plus de 200 milliards d'aides aux entreprises. »
Polony refuse de parler de hausse d'impôts des entreprises : la marge dégagée en supprimant les aides servirait à « baisser les cotisations patronales et les cotisations salariales ». Chris et Zoé, jusque-là surpris de l'entendre à gauche, y voient le retour d'une ligne de droite : les cotisations financent la Sécurité sociale, et les réduire pour gagner en compétitivité revient à l'affaiblir.
« Mais c'est faux parce que du coup tu as dit que tu allais augmenter leurs impôts sur les bénéfices ou sur leurs résultats donc donc ça ne marche pas. Ta technique ne marche pas. À la fin ce qui va se passer c'est que tu vas juste baisser les cotisations et donc détruire la sécurité sociale. »
Zoé oppose deux voies : une cotisation prélevée à l'échelle de la valeur produite, que la chaîne défend sous le nom de cotisation sociale généralisée, et la fiscalisation engagée depuis la création de la CSG en 1991, qui reporte le financement sur les revenus de tous. La CSG frappe bien les pensions de retraite au-delà d'un seuil de revenu ; le RSA et l'AAH, qu'elle cite ensuite, en sont en revanche exonérés, et ne contribuent que par les impôts sur la consommation.
« Soit tu fais le truc dégueulasse larvé qu'on fait depuis 30 ans c'est-à-dire que tu diminues la cotisation pour te mettre à financer les services publics et cetera par de l'impôt. Les CSG, les machins comme ça ben tu ponctionnes sur la pension de retraite de machin »
Chris compare les visuels de la candidate à ceux de la campagne insoumise de 2017 : mêmes couleurs, typographie presque identique. Il y voit une cible, ceux qui disent avoir aimé le Mélenchon de 2017 et lui reprochent d'avoir changé, et rapproche le « nous » de sa communication du « Nous président ! » de Ruffin, dont elle occupe le créneau.
« Regardez la DA France insoumise 2017. ? Ça c'est la DA France insoumise. pas cool liste de Mélenchon. Regardez ça hop. On y est là. Les mêmes couleurs euh c'est pas la même casse mais c'est quasiment la même typo. »
Deux des soutiens que Chris montre à l'écran sont publics : République souveraine, le parti de Georges Kuzmanovic, a annoncé le sien le 8 octobre 2026, et le Mouvement républicain et citoyen, l'héritier de Jean-Pierre Chevènement, voyait dès le 4 octobre ses positions dans sa démarche, avant de soutenir sa candidature le 16. Aucun ralliement d'Arnaud Montebourg ni de Chevènement lui-même n'a été trouvé. Chris prédit aussi que la GRS d'Emmanuel Maurel la rejoindra plutôt que de soutenir Glucksmann : c'est une prévision.
« On va regarder qui c'est qui est derrière elle, on regarde qui c'est qui est derrière, il y a euh République souveraine, donc Kuzmanovic. »
Les chiffres que lit Chris sont ceux du Conseil constitutionnel pour 2022 : 906 parrainages validés pour Mélenchon, 293 pour François Asselineau, qui n'a pas atteint les 500, 49 pour Georges Kuzmanovic, aujourd'hui soutien de Polony, et un pour Arnaud Montebourg. Additionner ces deux derniers pour obtenir sa base de départ est une estimation de la chaîne : les signatures de 2022 ne se transfèrent pas, et Polony n'était pas candidate.
« Ensuite, moi je pense qu'elle va les trouver là là là il y en a regarde hop, 49 pour Kuzma. […] Donc 49 plus 1 ça fait 50. Voilà. Il en manque 450 quoi. »