Conférence de Jean-Luc Mélenchon sur le moment politique
Conférence d'une heure quarante donnée par Jean-Luc Mélenchon devant des militants et des députés insoumis, trois jours après la journée de mobilisation du 17 octobre 2026 contre la vie chère, et diffusée sur sa chaîne. Ce rendez-vous mensuel, « le moment politique », sert selon lui à « homogénéiser » l'analyse du mouvement.
Après avoir décrit la vie chère — carburant, repas sautés, chauffage retardé —, il explique pourquoi l'exaspération a éclaté chez les lycéens plutôt qu'ailleurs : les adultes « rentrent la tête dans les épaules » pour protéger leurs enfants, quand les jeunes, sans charge de famille, sont libres de se mettre en mouvement.
« la chaîne s'est brisée à l'endroit où la charge était à la fois la plus forte relativement au vécu des gens, je parle des jeunes, et où on a le moins de routine à assumer soi-même. On est surtout responsable de soi et pas d'enfants, pas de couple et ainsi de suite. C'est-à-dire dans la jeunesse scolarisée. »
Il y voit l'un des facteurs qui font démarrer, « pour la première fois », un mouvement lycéen en grande banlieue plutôt que dans les lycées des centres-villes : l'Île-de-France, dit-il, est « le premier DOM-TOM », et les deux réalités ne sont pas séparées par l'océan. La chronologie qu'il détaille plus loin commence le 31 août par le blocage d'un lycée de Mayotte, occupé cinq semaines par les élèves, les parents et les professeurs.
« Le mouvement n'a pas commencé à Créteil. Il a commencé dans l'hexagone à Créteil, mais le premier mouvement lycéen, il commence à Mayotte. Et de Mayotte, si j'ose dire, il est passé aux Antilles. Et des Antilles en région parisienne. »
Face à l'accusation d'instrumentaliser les lycéens, il assume l'objectif plutôt que de le nier : la jeunesse est, avec les « déshérités », la population la plus proche de L'Avenir en commun, parce que c'est elle qui aura la crise climatique « sur les bras ». La soudure avec le mouvement s'est faite, dit-il, sans consigne, Créteil étant dans la circonscription de Clémence Guetté.
« on a toujours dit, si cette jeunesse vote dans la même proportion que le reste de la population, on a gagné les élections. Donc nous sommes un mouvement révolutionnaire, démocratique, institutionnel. Nous votons. Nous croyons à la stratégie électorale. »
C'est la clé de lecture de la conférence : LFI se dit d'accord avec les revendications des lycéens, inscrites selon lui dès L'Avenir en commun de 2016-2017, et réserve sa critique aux formes d'action, notamment celles du soir du 17 octobre.
« vous allez m'entendre ensuite prendre des distances avec toutes sortes de choses, mais prendre des distances avec des comportements ou des méthodes de combat, ça veut pas dire prendre ses distances avec le combat. »
La réforme de Parcoursup est l'une des revendications du mouvement lycéen. Mélenchon décrit un mécanisme : la sélection sur listes de vœux oblige, quand le public ne répond pas tout de suite, à se tourner vers l'enseignement supérieur privé. Le programme insoumis prévoit d'abroger la plateforme.
« Parcoursup qu'il faut donc rajouter depuis comme étant le sommet d'ignominie et du passage à euh le système de l'éducation transformé en marché où chacun fait euh sa petite liste et ensuite est sélectionné »
Il en fait une méthode : le temps social n'est pas celui de l'horloge, il « se gonfle », « se compacte », a « des trous », et c'est en le lisant qu'un mouvement choisit ses dates. Il l'applique ensuite au 17 octobre, date apparue sur les réseaux dès le 9 septembre, avant le premier blocus de Créteil.
« le calendrier, c'est la géographie du militant politique. Avant, il fallait euh monter les montagnes, descendre les montagnes, traverser les fleuves et cetera pour mener différentes batailles. Nous, c'est le calendrier. Le calendrier prévoit une date, marque des pauses, permet des accélérations »
Sa chronologie : alerte interne le 9 septembre sur une date du 17 octobre qui circule sur les réseaux, première discussion publique sur LCI le 12, premier blocus au lycée Saint-Exupéry de Créteil le 17 septembre. Il précise que LFI n'a pas fixé cette date, comme elle n'avait pas fixé celle de « Bloquons tout ».
« Donc tous ceux qui vont venir vous dire ah mais comme c'est imprévu mais on ne savait pas comment vous savez pas nous on savait où vous savez pas vous c'est votre métier payer pour le faire de le savoir ce qui se passe. »
Il décrit un ordre inversé : les lycées avant les facs, la banlieue avant les centres, puis les établissements favorisés par solidarité. Le passage nomme au passage un mécanisme d'inégalité : là où les parents savent se faire entendre, l'établissement a ses professeurs. La conscience est « socialement déterminée », dit-il, mais la jeunesse, moins attachée à une classe, peut s'en détacher.
« dans les endroits où il y a pas de problème, où les bâtiments sont propres, où il y a des portes chiottes, euh où euh il y a le nombre de profs qu'il faut, parce que dedans il y a les parents importants euh qui sont là et qui sont capables d'aller se plaindre et d'être entendus, là-dedans aussi, les jeunes débraillent »
C'est pour se faire entendre du commandement qu'il dit avoir parlé de « sauvagerie policière » le 29 septembre, après un manifestant blessé au visage par un tir à bout portant. Il cite ensuite un œil perdu et une main arrachée : faute de rappel à l'ordre, dit-il, la première violence n'a « refroidi personne ».
« Un commandement c'est un commandement, c'est pas une bande de potes hein. Un commandement il donne des ordres et quand les ordres sont mal exécutés bah il gueule et il dit "On va les exécuter mieux la fois d'après." Quand il y a rien qui se passe à la première sur-violence vous comprenez que la suite va pas être fameuse puisque ça a été permis une fois. »
En fixant la date du 6 octobre, les organisations de jeunesse « prennent le contrôle du calendrier ». Le 6, dit-il, la première manifestation des jeunes se fait avec le soutien de la CGT, de FO, de la FSU et de Solidaires, quand d'ordinaire cette jonction ne vient qu'après des semaines. Les lycéens les plus actifs sont souvent, ajoute-t-il, les enfants de syndicalistes.
« ils se rapprochent des syndicats de salariés. Parce que les salariés, c'est leurs parents, tout simplement. C'est pas parce que c'est exotique. C'est leurs parents. »
Il rapporte une scène vécue par le député Paul Vannier devant un lycée bloqué : accord passé avec le commissaire pour que tous reculent, puis une grenade lacrymogène tirée au milieu des jeunes. Il dit avoir quatre ou cinq récits semblables, et l'attribue au recours à des unités qui ne sont pas spécialisées dans le maintien de l'ordre, plutôt qu'aux CRS. Ce récit n'est pas vérifiable ici.
« Il lui dit "Ah moi je fais ce qu'on m'a donné avec De toute façon ils en font qu'à leur tête." C'est le chef qui parle de la troupe. »
Il ne la défend pas par morale (« pas parce que on serait plus gentil ») mais par calcul : la violence fait peur, y compris à ceux qu'on ne voit pas, qui feront à leur tour « n'importe quoi ». Il vise aussi ceux qui provoquent le chaos sans en assumer les suites : c'est lui qui va ensuite « s'expliquer à la télé ». Il répète que cela ne retire rien à la solidarité de LFI avec le mouvement.
« nous pensons que les stratégies de non-violents sont plus efficaces. Pourquoi faire plus ? Pourquoi ? Réfléchissez. Pour rassembler plus largement. Si vous organisez vous-même un chaos où quand on y participe, c'est pour se faire démolir la tronche, perdre ses dents, crever les yeux et les bras, vous croyez que vous allez ramener avec vous des milliers de ? Non, bien sûr que non. »
Il décrit l'enchaînement : tracé connu la veille, donc ni voitures dégagées ni service d'ordre déployé ; arrivée imposée place de Clichy, « 20 000 personnes maximum » pour un cortège de 550 000 manifestants en France selon l'Intérieur, 800 000 selon les syndicats. Le sociologue Sebastian Roché a fait le même constat d'un tracé fixé la veille au soir.
« Il nous faut 3 jours pour arriver à nous tomber d'accord sur un parcours. Ça existe pas ça dans Paris. Les parcours dans Paris, c'est toujours les mêmes depuis 100 ans. »
À l'arrivée, des manifestants atteignent l'Élysée « comme s'ils faisaient du tourisme », sans être arrêtés ; au départ, place de la République, les abords sont bloqués et la place chargée avant 14 h, Clémence Guetté s'y faisant éconduire. Il en conclut que la dispersion a été fabriquée par le dispositif, qu'il qualifie de « cata absolue » du maintien de l'ordre.
« Tu es arrivé là, on te dit "Faut pas aller tout droit." Tu vas dans la première rue. La première ah elle est bouchée, alors tu vas dans la deuxième. Elle est bouchée aussi, alors la troisième. Ah, ça s'améliore par là, donc tu vas. Et voilà comment on a commencé à avoir des cortèges de tous les côtés. »
Des manifestants le remercient, dit-il, parce que les insoumis étaient devant les lycées : mêmes mots d'ordre, même analyse. Il le précise pour répondre à Sébastien Lecornu, qui accuse LFI de piloter le mouvement : l'outil politique accompagne, il ne dirige pas.
« Nous on appelle ça l'osmose. C'est quand il y a plus de différence entre quelqu'un qui est dans le mouvement et quelqu'un qui est qui est au mouvement. Insoumis. »
C'est sa réponse à « vous n'avez pas un mot pour les policiers ? ». Le devoir du gouvernement est de protéger la liberté de manifester, quels que soient les mots d'ordre, « que ce soit pour le mariage pour tous ou pour la manif pour tous » : sinon, dit-il, la liberté ne vaut que « à la tête du client ». Il précise ne pas voir le policier comme un ennemi.
« Si vous manifestez vous exercez votre droit à manifester est une liberté fondamentale prévue par la Constitution. L'autre il est là pas parce qu'il avait envie mais parce que c'est son métier et qu'il en assume les risques »
Le transcript porte « le préfet d'Allemagne », mauvaise reconnaissance de « Lallement ». En novembre 2019, place d'Italie, le préfet de police Didier Lallement avait répondu à une passante qui se disait Gilet jaune : « Nous ne sommes pas dans le même camp, madame ». Le rapprochement est exact. Pour Mélenchon, il n'y a pas de camp : un droit est respecté ou ne l'est pas. La formule de Lecornu est déjà instruite dans l'analyse de son entretien sur LCI du 18 octobre.
« Ce qui va pas, c'est la phrase tout de suite du Premier ministre qui dit "Entre les casseurs et les policiers, il faut choisir son camp." Mais celle-là on l'avait déjà entendue. »
Premier temps : quinze jours sans rencontre ni message, en espérant que les incidents fassent peur — il cite le Canard enchaîné, qui rapporterait des propos en ce sens. Deuxième : faire de LFI le seul problème, ce qui évite de répondre aux revendications. Troisième : la « réplique disproportionnée ». L'accusation de pourrissement est déjà portée par Manuel Bompard début octobre.
« Point numéro 2 la diabolisation de LFI. Mais diaboliser LFI, c'est ne pas parler du problème. Qu'est-ce que vous comptez faire avec les lycéens, avec les étudiants et avec la vie ? Qu'est-ce que vous comptez ? Précisément, rien. C'est-à-dire retour à la case numéro 1, le pourrissement. Comme je fais rien et que j'accuse. Chaque fois que j'accuse LFI, je joue le pourrissement. »
Interrogé à la radio sur les blessés, Laurent Nuñez avait renvoyé aux enquêtes de l'IGPN. Mélenchon promet de la remplacer, « comme dans tous les autres pays civilisés », par un organe où siégeraient des policiers, des sociologues et des psychologues. Il reproche au ministre de n'avoir pas eu « une parole » pour un jeune éborgné à 17 ans.
« L'IGPN, c'est pas un organe de contrôle, c'est des policiers qui disent qu'il faut penser des autres policiers. Donc, permettez-nous de penser que ça ou rien, c'est pareil. »
Il ajoute un blessé grave au crâne à Paris et un journaliste touché au ventre par une grenade de désencerclement, arme que Laurent Nuñez avait retirée puis rétablie en vingt-quatre heures. La main arrachée à Saint-Étienne, l'œil perdu à Mulhouse et le décès près du cortège parisien sont déjà établis par d'autres analyses du dossier.
« un mort dans des circonstances non élucidées. Cinq mutilés au minimum de ce qu'on sait aujourd'hui. Une main arrachée par une grenade à Saint-Étienne. Une manifestante de 17 ans éborgnée à Mulhouse. Un manifestant éborgné à Strasbourg. »
Il relève que les premiers condamnés ne correspondent pas à la population que « les racistes » avaient désignée. Son « 2 500 gardes à vue » est proche du bilan donné par Gérald Darmanin, 2 331 sur le week-end des 17 et 18 octobre ; c'est plus que les 1 723 interpellations du 8 décembre 2018, samedi le plus chargé des Gilets jaunes. Les peines qu'il cite ne sont pas vérifiées ici.
« C'est 10 mois ferme avec mandat de dépôt pour des jeunes sans aucun antécédent judiciaire. 10 mois ferme c'est fait pour terroriser. 7 mois ferme avec mandat de dépôt pour être allé en manif avec un masque de piscine. »
Lecornu avait répondu à une question de Mathilde Panot en lui demandant si elle condamnait l'incendie de la mairie de Limoges. Mélenchon refuse le terrain : il retourne la question (« vous regrettez qu'on lui ait crevé l'œil ? ») pour en montrer l'absurdité, et demande aux militants de ramener toujours le débat aux revendications.
« Vous comprenez les amis, c'est une technique d'intimidation pour retourner le problème. Il y a plus de problème de liberté de manifester, il y a plus de cahier de revendication, il y a une mairie qui brûle. Ce n'est pas nous qui avons mis le feu. »
Il part de la question du maire de Marseille, qui dit avoir des images de CRS partis de l'entrée de sa mairie. Une commission d'enquête oblige à venir témoigner et punit le faux témoignage. Il dit avoir siégé en 1986 dans la commission du Sénat sur les manifestations étudiantes de l'hiver, année de son élection au Sénat.
« nous nous soutenons la proposition de la présidente de l'Assemblée nationale qui veut faire une commission d'enquête parlementaire. Et je vais vous dire, elle a pas inventé l'eau chaude dans cette histoire-là. »
Selon lui, faute de trouver de l'« ultra-gauche », on a voulu arrêter le député Raphaël Arnault à sa descente du train, le jour même où le parquet requérait de la prison et deux ans d'inéligibilité contre Rima Hassan pour apologie du terrorisme, pour un retweet retiré. Il lui prête seize procédures. Ces faits ne sont pas vérifiés ici.
« Ils ont voulu arrêter Raphaël Arnault comme ils avaient voulu arrêter Rima Hassan. »
Il en fait un mécanisme : pour les chaînes, la bagarre est « juste un spectacle », qui fait du buzz alors que des gens sont encore dans la rue. LFI a dû, dit-il, diffuser elle-même les images des cortèges tranquilles. Il oppose à ce traitement la mise à pied de l'éditorialiste Isabelle Saporta, sanctionnée selon lui pour avoir « mal parlé » d'un gouvernant.
« France 2, on s'est tapé 8 minutes sans un commentaire des boucliers, des gens qui crient, des feux allumés, des pierres qui tapent contre des boucliers, des cris, des cris, encore des cris et du feu. C'est-à-dire qu'ils ont tout joué à mort l'affolement au lieu d'essayer de calmer, d'aggraver les choses. »
Les trois précédents sont réels. Dans sa déclaration du 12 juillet 1984, François Mitterrand annonce le retrait du projet de loi Savary sur l'enseignement privé, après des manifestations massives. Le projet Devaquet est retiré le 8 décembre 1986, après la mort de Malik Oussekine, par le gouvernement de Jacques Chirac, alors Premier ministre de cohabitation. Le 31 mars 2006, Chirac, devenu président, promulgue la loi sur le CPE en demandant qu'aucun contrat ne soit signé. Deux réserves : en 1984 il s'agit d'un projet, retiré et non abrogé, et Chirac n'était président qu'en 2006.
« Donc, vous avez là deux présidents de la République qui commencent par vous dire que ça leur coûte parce que ils croient à ce qui a été fait, mais qui disent on est dans une démocratie, on est en République. Je vois bien que ça le fait pas, alors j'arrête. »
La Ve République tient « par le haut » : un président qui parle en pleine crise doit avoir quelque chose à dire. Macron n'a rien proposé, dit-il, qui permette à un syndicat fatigué de négocier une sortie, et il le rattache au refus de reconnaître l'Assemblée élue en 2024, ce que le site a déjà jugé plutôt vrai.
« Vous devez prendre la décision qui vous coûte. Mais qui arrête, on remet la case à zéro et on va rediscuter. On peut dire on va rediscuter ou on va voir la fois d'après. Mais ça, c'est être gouverner une démocratie. »
Macron part dans le Golfe au lendemain du 17 octobre. Le déploiement est réel : le 24 septembre, il a annoncé l'envoi de militaires, de radars et de systèmes de défense à Yanbu, terminal saoudien de l'oléoduc qui contourne le détroit d'Ormuz fermé par l'Iran, et le Quai d'Orsay l'a dit en cours de mise en œuvre le 15 octobre. Aucun accord de défense formel n'est en revanche connu à ce stade. Pour Mélenchon, la France deviendrait belligérante sans que le Parlement en ait débattu.
« Pour abattre les avions et les projectiles qui arrivent. Donc nous devenons belligérants. Tout ça s'est passé dans notre dos. On en a parlé à aucun moment. »
Le fond est juste : depuis la révision de 2008, l'article 35 oblige le gouvernement à informer le Parlement d'une intervention armée à l'étranger dans les trois jours, et une déclaration de guerre exige l'autorisation du Parlement. Mais cette information n'est suivie d'aucun vote : le Parlement n'autorise que la prolongation au-delà de quatre mois, ce qui a été fait pour le Mali en avril 2013. Le vote immédiat qu'il décrit ne figure pas dans le texte.
« Normalement, il y a un article de la Constitution qui dit que quand on intervient militairement, article 35-1, je me rappelle parce que c'est celui de la guerre du Golfe, et bien le Parlement doit voter. »
Il lit à ses militants les propos tenus à la télévision par le maire de Cannes, président de l'Association des maires de France : zadistes et black blocs s'entraîneraient à la guérilla urbaine sur le plateau, où Mélenchon se rendrait chaque 11 novembre. Il répond qu'une telle phrase fait de lui une cible, et qu'il ne parle pas ainsi de ses adversaires.
« Je suis une personne monsieur Lisnard. Moi je parle pas de vous comme ça. Je dis pas que vous êtes un bourgeois planqué confit de fric. Je le dis pas. »
C'est sa réponse à Lisnard : son « pèlerinage » du 11 novembre est une commémoration au monument aux morts de Gentioux, sur le plateau de Millevaches, connu pour son inscription « Maudite soit la guerre ». La proposition de Bastien Lachaud de réhabiliter les fusillés pour l'exemple a bien été adoptée par l'Assemblée le 13 janvier 2022. Mais le Sénat l'a rejetée en première lecture en février 2023 : ce n'est pas une loi, et le texte attend une deuxième lecture.
« Et nous avons fait voter une loi à l'initiative de Bastien Lachaud qui dit que les insoumis ne sont pas des traîtres et qu'on était réhabilités, pour qu'on mette leur nom avec les autres morts. »
Il relie le mouvement français aux révoltes de jeunesse en Europe, en Asie et dans les Amériques : une même stratégie, détruire services publics et conquêtes sociales, a frappé partout le jeune « honnête » qui veut réussir par ses efforts et non par sa naissance, et les parents qui se privent pour leurs enfants. Quand cet espoir disparaît, l'effort se retourne en révolte.
« Et quand au grand nombre sur la terre entière, on a enlevé toute espérance d'y arriver par soi-même, alors, c'est la révolte et c'est ce qui se passe en ce moment. »
La règle est exacte : l'article 7 de la Constitution confie l'intérim au président du Sénat en cas de vacance. Mélenchon lui reproche de se faire le « perroquet » de Bruno Retailleau en évoquant la dissolution d'un mouvement qui compte 71 députés, sans dire une seule fois sur quels faits.
« si par extraordinaire le président de la République, considérant les événements comme ils sont, venait à conclure que les 6 mois qui arrivent sont de trop et qu'il s'en va avant, c'est lui qui sera président de la République par intérim, Gérard Larcher. »
Il répond à l'idée que LFI tirerait parti du désordre pour la présidentielle : « s'il fallait attaquer quelque chose, c'est pas des boutiques qu'on irait chercher ». Une accusation qui vise des élus doit, dit-il, nommer des personnes et des faits ; sans eux, c'est manier les oppositions « au fouet ».
« "La planification en certains endroits, d'un schéma insurrectionnel mené par des groupuscules d'extrême gauche et de l'ultra gauche." C'est le Premier ministre qui parle. Quel ? Où, quand, qui ? Et quand vous dites sans arrêt comme l'a dit Madame Le Pen que nous nous sommes la branche légale et que nous aurions une branche armée. Où, qui, quoi, ? »
Il justifie la démarche par le refus de Macron de reconnaître le résultat des législatives de 2024, et rappelle que la Constitution, mauvaise selon lui, reste la règle commune. Bardella demande que le président « s'en aille » : qu'il vote donc la destitution, lui lance Mélenchon, en reprochant au RN de l'avoir déjà fait échouer.
« Mais alors, nous ne nous cachons pas. Nous n'allons pas à la faveur d'une manifestation mal organisée, envahir l'Élysée. Non, nous déposons une motion pour le virer à l'Assemblée nationale »
Il relie la discipline d'aujourd'hui à l'épreuve de demain : un mouvement qui veut gouverner doit montrer des dirigeants « qui calculent, qui organisent », parce que la riposte à une victoire passera par les marchés financiers. Il ne dit pas comment il y ferait face.
« si nous gouvernons le pays, nous allons avoir contre nous un certain nombre de gens qui ont décidé de faire monter les taux d'intérêt jusqu'à 6, peut-être 7. Et camarades, nous ne nous laisserons pas faire. »
La date est fixée par les syndicats lycéens, qu'il reconnaît comme représentants du mouvement. Il remercie la CGT, dont le comité confédéral national doit se réunir, d'appeler ses militants à soutenir le cortège. Sans encadrement, dit-il, les jeunes seront « à la merci des violents d'un côté et des aventuriers de l'autre ».
« Tous, vous vous mettrez un brassard blanc et vous aiderez ce samedi les jeunes à défiler tranquillement, dans le calme et dans l'ordre, et manifester la puissance énorme que vous êtes capable d'avoir. »
Les mesures annoncées par Emmanuel Macron le 10 décembre 2018 — hausse du revenu au niveau du Smic, annulation de la hausse de la CSG pour une partie des retraités, heures supplémentaires défiscalisées — avaient été chiffrées par le gouvernement entre 8 et 10 milliards d'euros, et à « environ 10 milliards » par Édouard Philippe. Mélenchon en fait la mesure de ce qu'il demande pour les lycées et les universités, avec le blocage des prix et la suppression de Parcoursup.
« Et décider au Parlement, puisque justement il discute du budget en ce moment, les 10 milliards dont tu as besoin. La dernière fois, ils les ont donnés pour les gilets jaunes. »
L'ordre de grandeur tient. Instaurée en 2004 après la canicule, la journée de solidarité a rapporté 23 milliards d'euros en dix ans selon la CNSA, puis 3,42 milliards pour la seule année 2024 : depuis vingt-deux ans, le cumul approche les 60 milliards. Deux réserves : ces sommes ne se sont pas évaporées, elles financent la branche autonomie (environ 60 % pour les personnes âgées, 40 % pour le handicap) ; et le dispositif date du gouvernement Raffarin, pas de Macron.
« où sont passés les les sous de la journée de travail que vous avez donné gratuitement pour offrir de la réfrigération aux personnes âgées. 65 milliards, vous nous devez, Monsieur Macron. »
La lettre convoque les partis pour revenir sur le 17 octobre, se voir exposer la doctrine du maintien de l'ordre par les chefs de la police et de la gendarmerie, parler de la « sécurisation de la campagne présidentielle », et pose en préalable la condamnation de la violence. Mélenchon refuse ce préalable et dit qu'il ira y parler des revendications. Il désigne comme menaces sur la campagne des ingérences étrangères, israélienne et russe, sans étayer.
« Les violences, les violences, les violences des manifestants. Et les contre les manifestants, rien. »